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Belle Ile en Trail 2014

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 1439


L‘année 2014 défile et avec elle son cortège de vacances sportives et de courses enthousiasmantes. Après les épreuves en Bretagne du Ouest Trail Tour (le Glazig, l’Aberwrac’h, Guerlédan), 5 jours sur le chemin de Compostelle, une semaine à Chamonix, voici qu’arrive le point d’orgue de ma saison : le tour de Belle Ile. Balade de 83km, 1200D+ et 70 côtes. Moi qui accorde une importance capitale à la symbolique des parcours, je ne peux qu’être sensible à celui-ci. Partir d’un point pour revenir à ce même point en effectuant tout le tour d’une l’île touche une corde sensible chez moi. D’autant plus que cette ile est majestueuse.

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J’ai donc mis un point d’honneur à bien me préparer pour pouvoir en profiter le plus possible. La préparation estivale a été un peu perturbée par 3 semaines d’arrêt suite à mes 5 jours sur le chemin de Compostelle. J’ai bien pris le temps de récupérer et de soigner une tendinite au tendon d’Achille. Pendant cette période j’ai pu faire un peu de vélo et de natation et donc je me suis maintenu en forme. Une semaine à Chamonix à me prendre pour Kylian Jornet m’a remis en condition et un dernier bloc de 8 séances en 9 jours avec 170km au compteur à 14km/h de moyenne a achevé de me préparer. Achever est le terme approprié. Après ce bloc à 10 jours de la course, j’ai coupé totalement pendant 5 jours mais le début de la semaine précédant la course m’a vu bien écrasé de fatigue. Pas de jus, pas d’envie, les batteries à plat. J’ai soigné ça par 2-3 très bonnes nuits de sommeil. A 2 jours de l’échéance, le dernier footing de 1h m’a pleinement rassuré. Parti sans motivation, j’ai retrouvé de bonnes sensations chemin faisant. L’envie est revenue et je me sens prêt à relever le challenge.

Des amis à moi m’accompagnent pour cette belle aventure. De quoi accroitre ma motivation car je ne conçois ce genre d’épreuves qu’à travers le partage que ce soit avec des concurrents, des bénévoles ou des amis proches. Et là avec la troupe qui m’accompagne, je suis servi. Nous avons loué une magnifique maison et le beau temps aidant, ça fleure bon les vacances. Étant le seul à participer à la course de 83km du samedi, je dois prendre sur moi pour ne pas me laisser emporter par les traditionnels apéro barbeuc. Avec ce qui m’attend, je sais que je dois être un minimum sérieux. Nous ne partirons que le lundi après-midi ce qui me laisse largement le temps de me rattraper après. C’est donc avant tout le monde que je me couche la veille de la course et que je laisse les discussions se prolonger tard dans la nuit.

N’étant pas stressé par ce type d’échéances, je dors comme un bébé et me réveille même un peu avant l’alarme programmée à 5h30 pour un départ prévu à 7h. Un briefing est calé à 6h mais j’ai décidé de faire l’impasse dessus pour m’offrir le plus de repos et le moins d’attente possible avant le départ. Je suis à 15 minutes en courant de la ligne de départ donc c’est à 6h30 que je quitte la maison endormie. En allumant ma frontale, seul sur le chemin de notre hameau, et avant de dérouler mes premières foulées, je ne peux m’empêcher de penser que partir pour un tel défi sort un peu de l’ordinaire. Notez bien que je n’ai pas dit « extraordinaire ». Mais c’est ce genre de moments que je ne cesse de chercher donc loin de m’en plaindre je savoure l'instant. Bien que le ciel soit nuageux, l’air est déjà très lourd et je supporte très bien mon maillot à manche courte. Je trottine en me demandant ce que va me réserver cette journée. Voilà encore une composante que j’adore dans notre sport, on ne sait jamais comment les choses vont se passer

Sur la ligne de départ j’aperçois les élites présentes : Christophe Malardé (chef de file de l'armada bretonne), Sébastien Chaigneaux (ais je besoin de le présenter ?), Vivien Laporte (vainqueur du 177km du Raid du Golfe du Morbihan), David Pasquio (5ème à la dernière Diagonale des Fous) et quelques autres traileurs bretons de renom. Les dossards ont été limités à 350 donc nous n’allons pas nous bousculer sur les chemins. Pour assurer l’ambiance, ça n’est autre que le speaker officiel de l’UTMB qui office et c’est sous les feux de Bengale et dans une très belle ambiance que nous nous élançons.

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Ça part tranquille. Un groupe de 15-20 coureurs impatients partent au loin mais étant en compagnie de Laporte avec Malardé, Chaigneau et Pasquio derrière donc je ne vois pas pourquoi je m’affolerais. L’ambiance est bon enfant et j’en profite pour discuter avec Vivien qui me donne des conseils sur le parcours. C’est vraiment un plaisir énorme de voir le jour se lever et de courir au milieu de ces champions. En arrivant à la plage des Grands Sables, Vivien accélère l’allure.

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Je le laisse partir pour continuer à mon rythme. C’est Christophe Malardé qui revient à ma hauteur, nouvelle occasion d’échanger 2-3 mots. Tout ce petit monde atteint le ravitaillement du km 17. Je suis à ce moment-là 14ème. Seb Chaigneau est juste derrière moi, j’en profite pour le remercier car les conseils qu’il prodigue m’ont été d’une aide précieuse, notamment concernant la progressivité. Je ne l’embête pas plus que ça car je ne veux pas le saouler. Mais il est vraiment adorable. Il va rester derrière moi jusqu’au ravitaillement du km 38 où nous allons passer 9ème et 10ème. Étant toujours handicapé par sa mononucléose et souffrant de maux d’estomac, il n’ira pas au bout de la course. Il me laissera quand même une belle photo souvenir !


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De mon côté j’applique la même tactique qui m’a réussie toute l’année. Je ne me préoccupe pas des autres et j’avance à mon rythme. D’ailleurs après les 30 premiers kilomètres où nous étions toujours en groupe, j’avoue que j’apprécie ce moment où je me retrouve isolé et où les jambes décident seules de l’allure à adopter. Le seul cadran qui s’affiche sur ma montre est ma fréquence cardiaque que je vérifie occasionnellement pour m’assurer que je ne glandouille pas trop. Le cas échéant, je relance un peu l’allure. J’applique aussi la tactique de Vivien. Marcher dans les côtes et relancer fort sur le plat. Tous les 10km ma montre m’indique le temps écoulé et je réalise que je suis très régulier. C’est aussi mon moyen pour me rappeler de m’alimenter. Je n’oublie pas non plus de m’hydrater très fréquemment car la température commence à monter. Contrairement à certains qui me semblent être parti un peu léger, j’ai mes 2 bidons de 500ml devant moi et je vais m’appliquer à en boire un par heure environ.

Sur les longues distances, je ne me trouve jamais très bien sur les premières parties de course. Je commence à me sentir mieux après la mi-course. C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’apprends ma position de 9ème. Position qui me ravie car faire Top 10 ici était mon objectif caché. Je reviens sur Mikael Guezello, copain de Sobhi qui souffre musculairement. Je me retrouve donc 8ème avec personne à chasser à l’horizon. Je profite donc de la vue sur les crêtes pour me régaler et savourer chaque passage dans des criques plus belles les unes que les autres.


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Là j’en connais un qui doit se dire « Tiens il n’est pas encore tombé ». Je te rassure Seb, ça vient. Je vais pour prendre un gel. Je me rends compte que je l’ai perdu. Ça me fout un petit coup au moral, d’où une petite inattention qui se paye immédiatement par un aller simple sur les cailloux. J’avais prévu un peu large donc ça devrait le faire.

En quittant les crètes nous nous aventurons dans les terres où de longues lignes droites nous attendent. Je trouve que je peine à avancer mais le passage au 50ème kilomètre m’indique que je garde la même allure. Information confirmée par mon retour sur un autre coureur. Je vais mettre un moment à revenir sur lui mais je finis par passer 7ème, de mieux en mieux.

Placés à une intersection se trouvent deux gamins hauts comme trois pommes dont l’un a la réflexion suivante : « waouh vous êtes hyper fort ! ». Rien de tel pour se prendre pour Superman et accélérer l’allure. Et là arrive un moment que je n’aurais pas cru possible. C’est Christophe Malardé que j’aperçois devant moi. Je ne pensais pas le revoir avant l’arrivée. Il marche sur le plat, il a donc dû prendre un éclat. Un petit mot en passant et me voilà 6ème. 300m plus loin c’est un autre coureur que je récupère et qui marche. C’est vrai qu’à ce moment-là il fait très chaud et que ça commence à faire de sacrés dégâts. J’arrive donc au ravitaillement du 58ème km en 5ème position. Waouh top 5 à Belle Ile !

J’en profite pour demander qui est devant : Laporte, Le Guern, Laureau et Pasquio que du très lourd donc. On m’indique quand même que certains ne sont pas très frais et qu’il y a de l’espoir. De plus en plus dingue. Pour réaliser une grande performance il faut aussi de la chance et ma part va arriver. En montant une côte j’aperçois brièvement Fred Laureau devant moi. Arrivé en haut de cette bosse s’ensuit une longue ligne droite mais je ne le vois plus. Je me retourne et l’aperçois au loin sur le chemin côtier. Me serais-je perdu ? J’aperçois aussi David avec lui. Je décide donc d’aller vers eux. Sage décision car un panneau absent nous a tous envoyé dans la mauvaise direction. Comme j’ai perdu bien moins de temps qu’eux je recolle et d’autant plus facilement que David lui aussi marche. Et boum je passe 4ème. Fred n’est pas beaucoup plus frais et même si il alterne marche et course son rythme est peu élevé. Il avouera à l’arrivée avoir lâché mentalement avec tout ce temps perdu alors qu’il était 2ème. En le doublant j’ai des frissons comme rarement j’en ai eu. C’est pas possible je viens virtuellement de monter sur le podium de Belle Ile !!

Pour ne rien gâcher, ce moment coïncide avec l’arrivée à la mythique pointe des Poulains.

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Je sors du sentier côtier, une petite foule est là avec mes amis aussi surpris que moi de me voir arriver. Grosse grosse décharge d’adrénaline !!

Seul petit problème, il reste 20 bons kilomètres à courir dont les 10 derniers qui sont terribles et derrière j’aperçois Fred qui n’est pas très loin. Je me dis qu’il peut se refaire donc je ne peux rien lâcher et moi non plus je ne suis pas à l'abri d'exploser. Je ne pense qu’à une chose : SAUZON. C’est le ravitaillement du km 70 et je dois me concentrer là-dessus et uniquement là-dessus. Ne pas penser à l’arrivée et à la joie d’un éventuel podium. Heureusement pour moi, le parcours n’est pas trop exigeant à ce moment-là et ayant toujours de bonnes jambes, j’arrive plutôt aisément à passer cette portion qui me mène à ce petit port si magnifique.

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On m’indique que le 2ème Olivier le Guern vient juste de repartir. Je mange donc juste un peu de banane et repars rapidement à ses trousses pour préserver cette 3ème place miraculeuse et peut être aller chercher la 2ème. Jusqu’ici j’ai essayé de m’économiser le cerveau et de ne pas trop cogiter. Mais là arrive le moment où je dois utiliser les mécanismes mentaux que j’avais mis en place en amont. J’ai attendu le plus longtemps possible pour ne pas griller mes cartouches trop tôt mais là c’est l’heure de partir au combat car je viens finalement de rentrer dans le dur. La chaleur me plaque au sol. Je pense à tous ceux qui me suivent. La famille, les amis, les camarades du Team Sobhi Sport, de Raidlight et du RMT. Je sais qu’ils m’envoient des ondes positives que j’essaie de collecter. Je pense à mon gars Ludo qui a fini le Grand Raid des Pyrénées et ses 160km. Si il a trouvé la force de s’arracher aussi longtemps, je dois bien pouvoir souffrir 1h30. Je sais que le jeu en vaut la chandelle.

On m’avait dit au départ que cette dernière partie était la plus terrible et ça se confirme. Ça ne fait que monter et descendre, aucun moment de répit avec des murs terribles à monter les mains sur les cuisses et le cœur au bord des lèvres. Je n’aperçois pas Olivier devant donc j’abandonne la chasse et décide de gérer. Garder un peu de jus au cas où ça reviendra de l’arrière. Tactique qui m’arrange car je vois mal comment je pourrais faire plus. Le plus dur dans l’histoire c’est quand arrivé en haut d’une bosse, je n’ai qu’une envie, marcher et profiter du paysage. Mais non il faut impérativement relancer et se remettre à courir, encore et toujours. Deux autres séjours au sol viennent me rappeler que je suis un peu fatigué et que ma foulée se dégrade, tiens comme c’est étrange !

Mais comme tout à une fin et que la souffrance ne dure pas, c’est la citadelle Vauban que j’aperçois au détour d’un énième virage. Je me retourne. Personne à l’horizon. Moi qui ai lutté pour ne pas penser à ce podium qui se profile, j’abats les digues que j’avais patiemment montées, laisse le flot d’émotions déferler et savoure enfin l’instant. Les derniers kilomètres dans Le Palais sont incroyables, irréels. Après des heures passées à parcourir le sentier côtier, me voilà revenu au point de départ mais je ne suis pas tout à fait le même. Le changement est bien entendu infime mais je me suis enrichi d’une nouvelle expérience unique. Une dernière descente nous emmène vers l’arrivée, mes amis sont là, me font la ola. Mais c’est pas possible ça, le réveil va sonner !!


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Je passe la ligne, j’arrête le chrono, 7h35 !

Pouah et dire que je visais 8h15-8h30. Le speaker de l’UTMB m’interroge. Je n’ai absolument aucun souvenir de ce que j’ai raconté tellement je plane.

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Derrière c’est Christophe de Yanoo qui m’interviewe. Là heureusement pour ma mémoire, c’était filmé :


Après toutes ces émotions, je dois m’assoir quelques minutes sur un banc pour laisser passer une petite baisse de tension. Deux soupes de légumes et de l’eau me remettent rapidement d’aplomb. La démarche est correcte vu les circonstances. J’ai trouvé ma formule magique pour les pieds. J’ai les bonnes semelles, les bonnes chaussettes, les bonnes chaussures donc je n’ai jamais souffert de ce côté-là. Et côté musculaire ce fût aussi très plaisant. ,D’ailleurs le lendemain les courbatures dans les cuisses seront légères et me permettront de marcher 5km de Sauzon à la pointe des Poulains pour profiter plus tranquillement du panorama. 48h après les courbatures auront quasiment complètement disparues mais je m’accorderais 5 jours de coupure totale avant de basculer sur la fin de la saison.

En attendant, après une bonne douche, c’est le podium qui m’attend. Podium que je manquerais de rater pour cause de bière en terrasse. Là vous vous dîtes, ça doit être sympa les lots sur une course pareille. Et bien c’est une médaille et un bouquet de fleur que je ramènerais avec moi et c’est loin de me déplaire car on ne fait pas ça pour la gloire ou les cadeaux. Je trouve que c’est tout à l’honneur des organisateurs de garder cette simplicité. De toute façon j’ai gagné tellement avec cette journée que je n’en désirais pas plus. Dans le trail et particulièrement l’ultra on vit toujours des expériences incroyables. Il y a des jours où tout va bien et c’est un bonheur monstrueux et des fois on vit des journées en enfer comme Christophe ou les autres favoris mais c’est ce qui fait tout le charme de cette activité.


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J’ai mis tellement d’images dans ma mémoire que j’ai le cerveau qui a fumé. Moi qui avait dit à ma famille qu’il n’y avait aucune chance que je fasse un podium car en ultra il n’y a jamais de surprises, j’aurais mieux fait de fermer ma bouche. A l’heure où j’écris ces lignes, quelques jours après l’épreuve, je n’ai pas vraiment atterri. Je n’arrive pas vraiment à croire que cette journée se soit passée ainsi. Quand je m’entrainais, je m’imaginais arrivant vers la ligne d’arrivée et finissant sur le podium mais juste pour me faire rêver.

Après je ne tiens pas à faire du résultat final un accomplissement car je sais au fond de moi que j’ai bénéficié de circonstances plus que favorables (défaillances et erreurs d’aiguillages des favoris). Ce que je veux retenir c’est que je réalise pleinement à quel point c’est une chance et un privilège d’avoir la santé pour vivre des journées pareilles. Comment ne pas se sentir vivant quand on est capable de faire d’une traite le tour d’une ile aussi magnifique. Sentir que son corps est en harmonie et que les jambes ne demandent qu’à découvrir de nouveaux horizons. Et puisque l’expérience est concluante, il ne reste plus qu’à continuer à arpenter notre beau pays pour faire de nouvelles rencontres et continuer à tracer son chemin.

Ps : Merci à Yanoo et à Eric B. pour les photos sublimes. Et pour ceux que ça intéresse, mes temps tous les 10km.

10 52:14.7
20 54:57.6 (Ravito au 17ème)
30 52:47.0
40 54:38.3 (Ravito au 38ème)
50 54:16.8
60 52:01.7 (Ravito au 58ème)
70 59:49.8 (Ravito au 70ème)
80 1:11:23.6
  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Freddy B. (FRA 085) #3
  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Sébastien B. (FRA 065)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Régis B. (FRA 051) #2
  • Thierry  L. (FRA 044)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Stéphane P. (BEL 1325)
  • David B. (FRA 035)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Mevenig R. (FRA 044)
  • Vincent B. (FRA 044)
  • Sébastien S. (FRA 049)
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