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CCC 2013

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 745

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Arthur Ashe a dit : « Une des clés du succès est la confiance en soi. Une des clés de la confiance en soi est la préparation ». Depuis la mi-mai, début de la préparation, j’ai effectué 57 sorties en 111 heures pour un total de 1080 km et 25000D+. Donc autant dire que je me présente au départ de la CCC (Courmayeur-Champex-Chamonix) confiant en mes capacités à affronter ce qui m’attend. Je suis d’autant plus détendu que je ne viens pas à Chamonix pour y réaliser une quelconque performance mais pour y vivre une journée d’exception dans une cadre magnifique. Je viens pour y faire des rencontres, aussi brèves soit elles, et pour y vivre des émotions. Ce que m’aura apporté cette préparation c’est d’avoir mis mon corps en harmonie avec mon esprit. Pour la 1ère fois avant une course de cette ampleur j’ai le sentiment d’être solide, que je ne vais pas subir la course et que je vais pouvoir en profiter le plus longtemps possible. Ce qui ne veut pas dire que je ne vais pas souffrir, la souffrance est une composante indissociable d’un ultra, mais j’espère bien limiter son influence pour que le plaisir soit prédominant.

La course étant le vendredi matin à 9h, je décide d’arriver sur site le mercredi en fin d’après-midi. J’ai réservé une place dans le gite aux Houches où j’étais venu passer ma semaine de préparation fin juillet. L’accueil y était tellement chaleureux que je sais que j’y serais bien. Je pars accompagné de mon oncle, de Pierrick du Team Raidight et de Jean Baptiste Hétier, champion de France espoir du 100km, vainqueur du 55km du Trail du Vignoble Nantais et 2ème du 86km du raid du Morbihan, une pointure donc. Pour ce dernier il s’agit de sa première expérience en montagne et elle sera sévère. Dès l’arrivée à Chamonix nous allons chercher les dossards, excellente initiative vu que le lendemain il y aura 2h d’attente. Sac contrôlé, dossard et place dans la navette récupérés, nous pouvons maintenant attendre sereinement le départ. De retour au gite en soirée nous avons l’agréable surprise de voir un poste de ravitaillement s’installer juste à côté. C’est le dernier avant l’arrivée de la TDS. Les premiers coureurs vont passer vers 21h ce qui va nous permettre de nous mettre dans l’ambiance. Les lumières des frontales apparaissent dans la montagne et un espagnol passe en tête suivi à 10 minutes par Antoine Guillon lancé dans une remontée fantastique. Malheureusement il ne pourra pas revenir sur les 8 derniers kilomètres assez plat.

Le jeudi matin, un petit tour rapide à Chamonix pour s’imprégner de l’ambiance et faire le tour du salon du trail. L’après-midi se passera au gite, tranquillement allongé à bouquiner et à rêvasser. Je suis toujours aussi serein, je n’ai pas l’impression que le lendemain je vais devoir faire 101km et 6100D+. Le temps s’annonce magnifique, je suis bien préparé donc je ne vois aucun raison pour laquelle je devrais être stressé. Après une bonne nuit, le réveil à 6h se fait en douceur. L’organisation est vraiment extraordinaire et c’est sans aucune difficulté que nous nous retrouvons à Courmayeur. Petit coup de speed pour trouver des toilettes avant le départ. Cette recherche étant habituelle je ne m’énerve pas et rejoins la ligne 5 minutes avant le coup de feu, juste à temps pour entendre les hymnes suisses, italiens et français. Puis c’est le moment tant attendu de se laisser envahir par la musique de Vangelis qui annonce le départ. Je savoure ce moment. Je regarde autour de moi, le ciel est bleu, les montagnes sont belles, je respire à fond, je suis bien présent dans l’instant, l’émotion est forte.


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Le départ est donné, la mise en route est laborieuse car je suis très mal placé. Je remonte sur les bas-côtés de la route car je ne veux pas me retrouver bloqué en arrivant dans la forêt. Nous partons pour une montée de 1350D+ mais un secteur sur route de 1.2km et 100D+ a été ajouté pour étirer le peloton. J’en profite pour courir sur cette portion et remonter du monde. Arrivé dans la forêt, on sort les bâtons, l’aventure commence. Etant tous les uns derrière les autres ça évite de s’enflammer. Je reviens sur Jean Baptiste qui souffre au niveau des mollets. Il n’a pas fait de préparation spécifique montagne donc pas de surprise de ce côté-là, il va souffrir. Il va de plus se blesser au psoas donc pour lui la course s’arrêtera au km 27. Mais il est très talentueux donc retenez bien son nom car vous en entendrez parler dans le futur.


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De mon côté bizarrement dans cette montée j’ai un peu de mal à me mettre dedans, je n’ai pas la gniac que je peux avoir sur des formats plus courts. Je sais que ça n’est pas une mauvaise chose car ça permet de se préserver mais cette sensation va m’accompagner tout du long. J’ai envie de profiter de la journée et je n’arrive pas à me pousser pour aller chercher mes limites. J’avoue que finir 100 ou 200ème m’importe peu du moment que je me régale.


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Justement autour du km 16 mon adducteur droit, qui est ma faiblesse récurrente, va se manifester et me pourrir un peu la vie. Ce qui est une petite gêne au début, se transforme en une belle douleur lancinante qui apparait dès que je suis en descente ou sur le plat. Forcément on a beau essayer de penser à être chose, la douleur nous rappelle à l’ordre. C’est très pénible quand ça arrive aussi tôt dans la course. Je suis déjà obligé de penser à l’abandon si ça s’aggrave. Je n’ai pas envie de vivre 14 ou 15h dans ces conditions. En attendant je gère en prenant un rythme de sénateur dès que la pente s’adoucit et j’en viens à attendre les montées avec impatience car la douleur disparait à ce moment-là. Je m’accroche à l’idée d’arriver à Champex à mi-course et je ferais le point là-bas. Bon gré mal gré j’arrive à me transporter en Suisse où l’ambiance est extraordinaire. Je retrouve mon oncle qui m’annonce 91ème, je pense immédiatement à une erreur mais non je suis top 100. Vraiment très étonné car je n’ai pas l’impression de faire une grande performance mais plutôt de me trainer. De la bière est proposée mais je fais l’impasse et me contente d’une soupe et d’une bonne assiette de pâtes au fromage. Je repars au combat en longeant le lac de Champex qui est franchement magnifique.

J’en profite pour faire un aparté et dire que le cerveau est formidable comme aurait dit Jacques Martin (désolé pour la référence que seuls les vieux comme moi peuvent comprendre). Il nous permet d’oublier les moments délicats sans quoi jamais on ne retournerait sur ce genre de courses. L’implication mentale qu’il faut avoir pour continuer à avancer est assez impressionnante. Je ne dis pas ça pour me faire mousser car au contraire mon discours quand je parle à des néophytes est plutôt de dire que il suffit de bien se préparer et que ça se passe sans souci, pas besoin d’être un superman pour arriver au bout. Le fait est que pendant la course je me suis fait la réflexion qu’il y a vraiment des moments délicats qui peuvent durer et qu’il faut s’accrocher pour continuer à mettre un pied devant l’autre. Il vaut mieux savoir pourquoi on est là.

Psychologiquement quand on passe la mi-course on s’allège d’un petit poids. Mon adducteur me fait toujours souffrir mais la douleur est stable donc mon cerveau l’accepte et elle reste là dans un petit coin de ma tête. Je ne joue pas la gagne donc je prends mon temps et je gère. Les montées s’enchainent (notamment Bovine, terrible !) et après Trient vient le moment de sortir la frontale, la nuit tombe. Je suis dans une montée en forêt et j’attends le dernier moment avant de l’allumer. Je savoure cet instant où je suis seul et où je peux profiter pleinement de la nature. Petit à petit on voit des lumières apparaitre au loin. Dans la descente vers Vallorcine je fais extrêmement attention car elle est technique et je ne veux pas prendre de risques. Je sais qu’en atteignant ce ravitaillement l’arrivée m’est acquise. Il ne reste que 19km et l’ascension de Tête aux Vents. Plus moyen d’abandonner il faut rentrer. Cette dernière montée est interminable et je suis vraiment à la peine. Je rejoins un belge et quand je vois ses chaussures, je pense être victime d’hallucinations. Il a aux pieds des sandales comme les indiens Tarahumaras de Born To Run. Aucune protection, les pieds complètement à l’air comme des tongs, incroyable ! On va faire la montée ensemble mais je le laisserais partir dans la descente car je peux à peine courir. Il est enfin temps de se projeter sur l’arrivée et poser un regard sur cette journée passée en montagne. J’ai une pensée forte pour mes camarades venus du monde entier et qui sont derrière moi. Ils vont passer la nuit dehors, il va leur falloir beaucoup de courage. Me voilà dans les rues de Chamonix, il est 1h30 du matin et je trottine allégrement. Dans le dernier virage, je suis rattrapé par Pierrick qui était parti 15 minutes derrière moins dans la deuxième vague. On aurait voulu monter un coup comme ça, jamais on n’y serait arrivé. On peut donc terminer main dans la main devant l’église maintenant mythique de Chamonix après 16h35 d’effort autour du toit de l’Europe.


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Pour l’anecdote je termine 78ème sur 1900 partants sans avoir l’impression d’avoir trop tapé dedans. D’ailleurs le lendemain, à part un petit reste de douleur dans l’adducteur, je n’ai aucune courbature et je peux marcher normalement ce qui était loin d’être le cas après l’Endurance Trail à Millau. Vu la durée de l’épreuve j’ai eu le temps de bien réfléchir et de me poser certaines questions. Pourquoi est-ce que je fais ça et qu’est-ce que je recherche ? J’avais prévu l’année prochaine de faire l’UTMB ou la Réunion, mais dans quel but ?

Si je suis honnête je dirais que ces courses sont tellement valorisées que je veux les terminer pour avoir la reconnaissance qui va avec mais si la CCC m’a appris quelque chose c’est que je n’y prendrais pas assez de plaisir. Le format de 100km est pour le moment le maximum que je souhaite accomplir. Au-delà ça s’apparente trop à la randonnée et moi j’aime courir. En plus n’étant pas montagnard je ne m’éclate pas dans les descentes techniques pleines de cailloux. Clairement la Réunion c’est un enfer pour ça donc je n’ai pas envie de m’infliger 40h de souffrance pour dire je l’ai fait. Sans compter la prépa qu’il faut s’ingurgiter avant d’y aller. Alors je ne dis pas que je ne le ferais pas un jour mais quand mon désir de courir sera un peu moins fort. Là j’ai envie de plus de légèreté et de courses où on peut cavaler à toute allure. Je renonce donc à la Transmartinique pour la fin de l’année et pour l’année prochaine on va délaisser un peu la montagne mais j’y reviendrais c’est sûr.
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  • Sébastien S. (FRA 049)
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