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Demi Bretagne Ultra Trail 2015

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 3175

Ma participation au Bretagne Ultra Trail sur la course du 65km (1300D+) est la résultante d’un beau concours de circonstances. Dans mon désir constant de découvrir de nouvelles régions en France, je m’étais initialement inscrit sur l’Ardéchois, course mythique et historique du petit monde du trail. Suite à des désistements, je me suis retrouvé tout seul à devoir descendre en Ardèche, ce qui m’amusait déjà beaucoup moins car j’aime vivre ces déplacements lointains en groupe, dans le partage et la convivialité. Le jour de mon anniversaire, mon dernier espoir de me greffer à un convoi s’est envolé, avant que quelques heures à peine plus tard, je ne reçoive une invitation des organisateurs du BUT. Cette course est sur ma liste des incontournables à faire et je savais que tôt ou tard j’en serais. Après mon année 2014 tellement exaltante à participer aux courses du Ouest Trail Tour en Bretagne, j’enrageais de ne pas avoir réussi à caser dans mon planning une belle course sur ces terres magiques. Je suis peut être d’origine angevine mais après 4 ans de vie à Roscoff et de nombreuses courses sur ce territoire si exaltant, j’aime à croire que je porte en moi, une part de bretagnitude. D’ailleurs à Guerlédan, l’année dernière, malgré ma provenance nantaise, lors de mon arrivée, je fus annoncé comme coureur breton et échappas ainsi au titre de 1er coureur français. Je pris ça comme un compliment car j’adore la Bretagne et ses habitants. L’humilité, la mentalité de ne jamais se plaindre, d’être en osmose avec la nature me parle énormément. Donc là en un coup de SMS magique, tout s’arrangeait, Joyeux Anniversaire Seb !

Plus d’Ardéchois en solitaire mais à la place une course excitante au possible avec un parcours Argoat-Armor, entre terre et mer, cassant et sauvage comme je les aime, confronté à la rude concurrence des coureurs bretons et d’une équipe de Réunionnais venue exprès pour l’occasion. De plus, étant invité pour la première fois à la demande des organisateurs, je suis extrêmement motivé pour faire une belle course afin de les remercier de cette attention touchante.

Arrivé la veille de la course, je suis logé au même endroit que les Réunionnais à quelques encablures à peine de la mer. Ainsi je profite déjà du panorama somptueux. Le temps est annoncé incertain et en effet, en fin de nuit, j’entends de grosses averses s’abattre sur le toit. J’ai une pensée pour les camarades du 118km partis à 5h du matin. En ce qui nous concerne le départ est à 10h mais la navette pour se rendre au départ est à 8h. L’attente dans le gymnase est un peu longue, surtout que nous sommes entassés dans l’entrée mais c’est l’occasion d’échanger avec d’autres coureurs et de me retrouver, par hasard, assis à côté d’un nantais, Bernard Le Falher du Racing Club Nantais. Echange qui débouchera sur un déplacement commun pour la course des Hospitaliers en novembre. Voilà une journée qui débute très bien !

A 10h donc, c’est sous le soleil que nous prenons le départ. Avec nous, les coureurs qui font le 65km en duo. Ça part donc assez vite sans savoir qui est sur quelle course, ce qui est aussi bien comme ça, cela évite les calculs prise de tête. Je vois juste que je suis autour de la 10ème place donc plutôt bien placé. Au bout de quelques kilomètres dans la forêt, sous le crachin maintenant, dans des singles suffisamment techniques pour qu’ils soient ludiques, les écarts se font mais je me retrouve côte à côte avec un coureur du 65km, Christophe Lozach, un normand, éminemment sympathique et très performant. 7ème sur le 50km de l’Ecotrail et 17ème à la Sainté Lyon.


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La discussion est lancée et nous échangeons sur nos différentes expériences, ce qui ne nous empêche pas de garder une bonne allure car nous atteignons le 10ème km en 43’45’’. Pour mon plus grand plaisir nous sommes rejoints par Yann du Team. C’est donc désormais un trio qui avale les kilomètres.

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Je suis un peu surpris de le voir là quand même car il est en sortie longue et doit recourir un 35km le lendemain, costaud le Yann. Au train, Christophe finit par s’en aller et je n’essaie pas de le suivre, je préfère rester à mon allure. Yann décroche aussi un peu, me voilà donc tout seul. J’avoue que, quand la course se décante, c’est toujours un moment que j’apprécie particulièrement. De plus en plus, je sens que je suis porté à me détacher du résultat en course pour apprécier pleinement le moment. Et ne nous leurrons pas, nous sommes de petits traileurs donc ça ne vaut pas la peine de se faire des nœuds à la tête. Peu à peu, l’appel du long résonne en moi, ce qui est de bonne augure avant mon passage sur ultra l’année prochaine. En attendant, seul avec de bonnes jambes, je profite au mieux du parcours et me laisse imprégner par la magie de la forêt sans penser à la compétition plus que ça.

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Cela me permet aussi de m’alimenter, ce que j’avais oublié de faire, pris par la discussion. Le rythme reste toujours solide car c’est en 1h32 que les 20km sont atteints. Du 20ème au 30ème km je vais d’ailleurs me sentir très bien. Je reviens sur les premiers du 118km. Pas facile pour eux de nous voir passer à bonne allure mais nous vivrons la même situation en 2ème partie de course avec les coureurs frais et dispos du duo. Cette partie est très agréable et je regrette seulement de ne pas avoir plus de temps pour profiter pleinement du panorama des Roches du Diable. L'envie de s'arrêter et de contempler est très forte !

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Les kilomètres défilent rapidement et je suis surpris par le passage du 30ème km. Je finis même par revenir sur Christophe et à mon tour, je le décroche un peu au train. Deux belles patates, à même la pente, nous cueillent juste avant le ravitaillement du 32ème km. Je suis un peu sec donc je fais le plein des deux bidons, avale une pomme pote et en prends une autre que je gobe immédiatement sur le chemin. Christophe qui avait une assistance en a profité pour revenir et prendre la poudre d’escampette. C’est seulement à ce moment que j’apprends que je suis 3ème, le 1er étant 4 minutes devant.

La remise en route est difficile avec les 2 bidons de 600ml plein, je me sens lourd. Mais je sais que ça fait partie du jeu sur une course comme ça. Il y a des hauts, des bas et tout consiste à gérer au mieux ces différentes phases sans s’enflammer quand tout va bien. Je ne panique donc pas et attends des jours meilleurs. Je sais que, tôt ou tard, ça reviendra. D’ailleurs après quelques kilomètres dans le brouillard, l’éclaircie se profile et je reviens de nouveau sur Christophe qui affronte un coup de moins bien. Le 40ème km atteint en 3h16 et me permet de me projeter sur le ravitaillement du 44ème km à Quimperlé.

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Ma tactique initiale était d’arriver relativement frais à cet endroit pour y produire mon effort car le roadbook annonçait que c’était roulant après. Double problème, j’arrive bien entamé à ce ravitaillement, bien que toujours à 4 minutes du leader, et la suite du parcours dans la forêt de Toulfouen va être démoniaque suite à un durcissement surprise de la part des organisateurs. Sur un léger faux plat montant sur la route, je sens que ça coince sérieusement. Mon cardio est étonnamment bas, à moins de 100 pulsations par minute. Je suis très surpris car ça ne m’est jamais arrivé avant. Et ça se complique sérieusement dans la forêt. Ce sont des montées à même la pente qu’il faut se farcir. Je peine même à marcher et chaque pas me coûte. Petit moment de solitude dans cette forêt pourtant majestueuse.

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La descente qui suit n’offre aucune trace, c’est du hors-piste. Et derrière ça remonte aussi sec. Il va être temps d’utiliser mon mantra du jour que je dois à Scott Jurek et par extension à Monsieur Buisson, fournisseur officiel de conseils à très forte valeur ajoutée.

« Parfois il faut juste faire les choses ».

Accouplé à « Ici et maintenant », c’est une association redoutable pour se sortir du guêpier dans lequel je suis tombé. A cela j’ajoute aussi le soutien moral des amis et de la famille suivant le live. J’essaie de bénéficier de leur énergie mais je peine quand même à relancer en haut des bosses. Je resterais bien quelques minutes assoupi sous un des ces arbres si imposants.

Et lors d’un passage sur un long faux plat descendant, j’aperçois Christophe qui revient de l’arrière. Si je ne fais rien, vu mon allure, il va fondre sur moi et je ne suis pas à l’abri d’en voir d’autres revenir. Il reste au moins 15 bons kilomètres donc il faut retourner à la filoche. Heureusement, musculairement tout va très bien. Et puis, je me dis que derrière ça ne doit pas rigoler non plus. Certains vont être sur le terrain pendant quelques bonnes heures encore donc aucune raison de pleurnicher. Je reste concentré sur le moment et j’essaie de relancer autant que faire se peut. En bas d’une nouvelle bosse terrible, je reviens sur une joelette. Là franchement je suis en admiration. J’ai du mal à monter ces côtes, comment font ils avec une joelette ???

La forêt n’en finit pas mais ça ne revient toujours pas de l’arrière. Finalement, les allées s'élargissent et le bord de mer se rapproche. Un concurrent du duo revient sur moi et m’informe que Christophe n’est pas au mieux. Comme moi, il prend un petit éclat. L’arrivée au dernier ravitaillement est un petit soulagement. Derrière il reste 6.5km de sentiers des douaniers plutôt roulants. Je repars à bonne allure et me paye même le luxe de coller à un coureur du duo. Le vent souffle bien et la vue sur la mer est magnifique.

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J’en profite à peine car je sens la fatigue, voir une petite hypoglycémie me rattraper et je n’ai plus rien à manger. Les 2 derniers kilomètres sont assez pénibles. L’envie de marcher est grande mais si près du but, ça serait ridicule. Je m’insulte pour repartir et je franchis la ligne cuit, carbo, occis comme rarement ça m’est arrivé. Je perds 10 minutes sur les 20 derniers kilomètres pour finir en 5h45 à 14 minutes du vainqueur, Gwénael Le Bouch. Christophe arrive quant à lui 4 minutes derrière. On aura vécu un bon moment tous les deux avec ce chassé-croisé incessant. La soupe chaude à l’arrivée fait un bien fou mais pas autant que les deux bières partagées avec Yann qui aura terminé à une excellente 9ème place.

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Voilà une nouvelle journée marquante qui s’achève. Je ne suis jamais déçu quand je viens participer à des courses en Bretagne et je ne dis pas ça pour le panier garni gagné monstrueux, avec ses 4 bières et ses nombreux produits locaux. Les parcours sont toujours somptueux, les organisations solides comme le granit rose, la concurrence relevée et la convivialité érigée en art de vivre. Mes pas vont maintenant m’emmener découvrir et redécouvrir d’autres régions de France mais la Bretagne sera toujours présente en fil rouge de mes escapades.

J’ai terminé fatigué mais finalement très peu atteint musculairement. Je n’ai jamais eu mal aux jambes pendant la course, à l’exception des côtes les plus pentues et ça se confirmera les jours suivants avec quasiment aucune courbature à signaler. La préparation a été clairement efficace. Ce qui ne m’empêchera pas d’accorder, à mon corps et surtout à mon esprit, une bonne coupure, amplement méritée, de 8 jours avant une reprise tout en douceur. Prochaine course dans le viseur le 7 juin, à domicile, puisque ça sera le trail de ma bonne vieille ville d’Angers, motivation garantie !

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  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Sébastien B. (FRA 065)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Yann L. (FRA 064)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Benjamin P. (FRA 029)
  • Mevenig R. (FRA 044)
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