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Diagonale des fous: Le récit qui va vous donner des ailes!

Publié par Expert Grand Raid dans le blog Expert Grand Raid. Nombre de vue: 5441

Vous êtes sur le point de vous élancer sur la Diagonale des Fous ou vous rêvez de relever le défi un jour: découvrez les récit de Karine sur sa Diagonale des Fous et vous verrez que malgré les difficultés, c'est POSSIBLE!! :)

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Ma diagonale des Fous - 21,22,23 octobre 2010 - 163km, 9656m D+


Tout à commencé il y a …13 ans !!! eh, oui, rien que ça !!! Vers le 30 septembre 2002.

C’était 1 semaine après mon arrivée à La Réunion, une déléguée médicale m’invite à passer le week-end chez elle à St Leu et me fait faire la connaissance de Mireille Séry, serre-file sur le Grand Raid et qui recherche des bénévoles…

Et me voilà fin octobre à descendre à La Nouvelle avec une équipe de bénévoles pour faire l’assistance sur ce Grand Raid qui sera marqué cette année là par 2 événements tragiques (un arrêt cardiaque dans la descente du côteau Kerveguen et une chute mortelle dans la montée du « mur » de la Roche Ecrite). Le président Robert Chicaud, avec beaucoup de courage, décidera de poursuivre la course, supporté par toute la population réunionnaise qui a cette course dans le sang.

A La Nouvelle, j’ai vu des raideurs en forme et beaucoup d’autres épuisés, voulant abandonner… ça me paraissait vraiment être une course sur-humaine ….

Et pourtant, au débriefing post-course, je faisais part au comité d’organisation mon souhait de ne plus être derrière les tables d’assistance .. mais avec un dossard..
Et ce n’est finalement en 2010 que mon vœux s’est réalisé ….. 8 ans, où à chaque mois d’octobre je me sentais frémir à l’évocation de cette course, ses reportages, ses anecdotes…. Avec un pincement au cœur et cette envie de pleurer... Qu’est ce qu’elle a cette course pour susciter tant d’émotion ??

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Après 2 échecs au semi-raid en 2004 (mauvaise préparation à cause d’une tendinite du fascia-lata récurrente et repas sans féculents... par « peur » de grossir !) et 2008 (trop de stress et gastro à cause de produits d’hydratation glucidique trop concentrés), je décide de faire des petites courses pour mieux me préparer et apprendre à gérer mon stress.
Je suis inscrite à Déniv’ depuis juillet 2008… et ma 1ere course sous déniv’ sera le semi-raid arrêté à Dos d’Ane… trop mal au ventre et bonne gastro !!

En 2009, je débute dans les courses de Montagne avec pour seul objectif de FINIR !!

Je consulte enfin un podologue qui corrige mes appuis et positions par des semelles adaptées et qui me débarrassent des problèmes répétitifs de tendinites de l’essuie-glace aux 2 genoux.

Je commence par le D-Tour, puis la boucle du Pic Adam, le Tram-Train, l’Arc en Ciel, le Semi-Trail de Cilaos, le Camélia Raid et la Transdimitille : objectif réussi, je suis arrivée au bout de toutes mes courses, et l’entraînement Déniv’ commence à porter ses fruits.

2010, commence par le Tangue sur lequel je me classe pas trop mal (3h34. 11èF), et suis félicitée le mardi suivant à la PPG…

L’année avance et les choix de courses Grand ou Semi …. Doivent se faire , je ne sais pas trop. C’est Francis qui me convainc de faire le Grand…. J’en ai envie, c’est vrai… mais 163 km, ça me fait un peu peur …. Comment le corps peut-il supporter autant de kilomètres ??? et mes genoux vont-il tenir ? Et la nuit, je dors, je marche ???

Mes troubles digestifs d’avant courses persistants, je me décide à consulter un homéopathe… ce qui m’aidera pas mal… avec tout de même une aide de la médecine allopathique avec ses ralentisseurs du transit…..

Pour mettre fin à la grosse question de « serais-je capable de marcher une si longue distance ? », j’organiserais plusieurs longues sorties cette année 2010.

La 1ere en mars, de St Philippe, fin de la route de Mare Longue jusque Cilaos vers Mare à Boue, côteau Kerveguen et descente du Kerveguen, quasiment tout le temps dans la pluie et le froid, on ne sera que tous les 2 , moi et Francis.
Puis au Week-end de Pâques avec quelques Déniviens, nous marcherons 2 jours de Cilaos à Bois de Nèfles (la case !) en passant par Col du Taïbit, Col de Fourche, Grand îlet et le « mur » de la Roche Ecrite … qui n’est pas si dur finalement avec une montées régulière et un superbe paysage .... comparé à la montée de Dos d’Ane où ça monte, ça descend et ça remonte !!
Une autre grande sortie « test » se fera presque grandeur nature en juillet : avec un départ du Gîte de Basse Vallée, et un trajet qui suit à une exception près (la forêt de Bélouve où on a pris le route) le Grand Raid, avec une 1ere nuit à Hell-Bourg puis la 2ème nuit à Roche Plate : je m’arrêterais à Dos d’Ane à cause d’une tendinite des releveurs droit (lacets probablement trop serrés !!).
Le dernier test se fera en condition réelle : départ de Basse Vallée à 22h, début septembre : arrivée au parking du Volcan 7h plus tard complètement frigorifiée : il fait -5c et je suis en tee-shirt/coupe vent léger/short/gants tout fins !! Je prendrais mes précaution le jour J et me couvrirais avant d’avoir froid.

Je vais aussi consulter un podologue qui prendra soin de mes pieds et me prescrira un tannage et une crème pour renforcer ma peau de bébé !!

Me voilà fin prête : qu’à plus qu’à, faut qu’on !!

2 semaines de vacances en France avec une croisière plongée en Egypte début octobre … comme ça je ne risquerais pas le sur-entraînement d’avant course !!

Aïe,aïe, aïe : à passer 4heures par jour dans l’eau de mer, j’ai les pieds tout mous : mon tannage n’a servi à rien !!! Je pique des citrons aux apéros … auxquels je ne céderais pour rien au monde, pour me tanner les pieds entre 2 plongées, et je continue à la teinture de Benjouin les 7jours qui reste avant la course…. Et sur le bateau, dans notre minuscule cabine, je fais du gainage, abdos et étirements…. Je ne tiens pas en place….et tout footing est impossible sur un bateau de 20mètres !!

Mercredi 20octobre

Séance « préventive » mésothérapie par Arnaud, qui est catastrophé par son changement de poste de dernière minute : il sera à Cilaos et non pas à Marla…. Ses patients ne sont pas au courant !!!

Puis après-midi à La Redoute pour le retrait des dossards et des bracelets éléctroniques. Je rencontre des connaissances, on se rassure, on se confie, nos doutes, nos peurs…. RDV jeudi soir pour le départ.

Jeudi 21 octobre

Gros, énoooorrmes bisous à Francis qui me laisse au sas : il n’y a que les coureurs qui entrent… normal , on est 2681 !! Le Stress monte à l’approche du départ, je repère quelques Déniviens dans la partie avant du stade, je me mets avec eux, je n’ai pas envie de rester bloquer et perdre du temps au départ, d’autant que les Joélettes de Handi-Moove partent avant nous et risquent de créer de gros bouchons.

Ca y est, c'est l'heure. Premier coup de canon, les meilleurs (dont Kilian Jornet l'ultra terrestre) sont lancés. Puis arrive notre tour. On est comprimé les uns contre les autres, il faut garder les bras contre la poitrine pour ne pas se le faire arracher.. avec la puce éléctronique du poignet avec !!! Le nombre de spectateurs hurlant entassés sur le bord de la route est ahurissant, tout comme la guirlande de frontales qui s'étend à perte de vue devant comme derrière nous. Ça pousse dans tous les sens, je fais attention où je mets les pieds, la foule est si dense que à un moment je me prends le pieds dans quelque chose et c’est le coureur devant moi qui m’empêche de tomber.

Je trottine comme je peux sur le route forestière, je marche vite pour ne pas griller les réserves énergétiques, je finis par doubler les Joélettes (qui étaient parties 10-15 minutes avant nous) seulement quelques centaines de mètres avant l’entrée du sentier : ouf, sinon, j’aurais eu droit à de beaux bouchons !!

1er arrêt où je fais le plein d’eau du camel-bag à l’aide d’un coureur que j’interpelle et qui m’aide (à partir de la bonbonne de 5litres), petits ravito : fruits secs, biscuits, bananes … et c’est reparti pour la longue montée vers Foc-Foc : c’est pas compliqué, je sais qu’il faut compter 2heures.

Je double pas mal de monde en montée, sans avoir la sensation de trop forcer… où déjà certains ralentissent (partis trop vite ??), je double .. Sophie Masson !!! pas possible, elle a gagné le Raid97.4 en juillet …. Es-ce que je n’irais pas trop vite ???

Ben, non, je me sens bien…. J’avance « efficacement » la musique dans les oreilles me donne du courage et des ailes.
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Et puis, une lueur, des grondements sourds : c’est la Volcan qui se donne en spectacle, on voit des gerbes jaillir dans la nuit, le ciel est clair, la lune est pleine, il fait froid, mais je me suis couverte dès les 1ers signes de fraîcheur. Je marche en regardant ce magnifique volcan rougeoyant, c’est magnifique.. mais je ne m’arrête pas.

Poste de Foc-Foc : ah !! de la lumière, le ravitos, vite de l’eau : cette fois-ci je me débrouille seule, je coince le bidon de 5l entre les jambes, une main maintien le camel ouvert et l’autre dose l’ écoulement de l’eau. Je vois Laurent Jaunâtre qui à l’air gelé, je l’encourage …. Encore un trailleur meilleur que moi que le double ( ???).

Je repars vers le ravito du Volcan, où Francis doit m’attendre, le chemin est rapide, et plus facile qu’en septembre où il faisait nuit noire et où ne savait pas où aller : là il y a tant de frontales que le chemin est tout tracé.

J’arrive au poste du Volcan à 4h40, il fait encore nuit, au bout de 6h40 de course, 918è et 19è Sénior Femme.

Francis est là, avec toute l’équipe de Déniv’ : que c’est réconfortant et rassurant, on me mets une couverture sur les épaules, je m’assieds, je me repose, grignote un peu, Francis me remplit mon camel, quelques photos souvenirs et je repars vite.

Waou, il fait rudement froid… j’étais bien au chaud sous la tent Déniv’. Vite j’avance pour me réchauffer, je traverse la plaine des sables dans la nuit et le froid, puis arrive le rempart de l’oratoire Ste Thérèse, ça monte, mais au moins il fait moins froid du fait …. de la montée et d’être à l’abri du vent. Le jour s’est levé, je peux éteindre la frontale , ah, ça fait du bien de ne plus avoir ce bandeau qui vous serre la tête. Puis, descente vars piton Textor dans laquelle je me fais quelques frayeur en m’accrochant les pieds et en risquant le vol plané et les chevilles tordues !!!…. Je ralentit un peu l’allure par sécurité.

Piton Textor à 6h17 : ravitos rapide en passant sous la tente puis descente vers Chalet des Pâtres où je retrouve Laurent qui m’annonce qu’il va mal, mal aux genoux… je lui dit que Doc Leroy est à Cilaos…

Cette portion est sèche…. Comme je ne l’ai jamais vu depuis 8ans : pas une seule mare de boue, ravines à sec !!! Du coup, c’est beaucoup plus facile et plus rapide que lors de toutes les recos où il y avait de la gadoue partout !!!

Arrivée à la RN3, je vois Jeannick qui m’encourage, cela me fais super chaud au cœur. On approche du poste de Mare à Boue …. Mais on doit faire un détour dans un champ d’herbes hautes avec un vent de face : là c’est dur …. Je voulais faire cette partie en trottinant, je n’y arriverais pas, je m’arrête pour marcher, puis je trottine … j’alterne marche rapide et footing lent……

Enfin, le poste de Mare à Boue !!!: superbe assisance Déniv’ avec Francis qui me masse les mollets, les cuisses, et mickaël les épaules. Je suis maintenant au pk50 à 9h40 de course (il est 7h40 vendredi 22), 789è et 16è SF. Le moral est bon, la forme aussi. J’apprends que Gino est derrière moi ( ?? pas possible !!).


Je repars vers Hell-Bourg, confiante, sachant qu’il y a un gros morceau à avaler…. Et là pas d’assistance perso avant Cilaos….. et la mauvaise nouvelle c’est que l’on ne passe pas par la route dans Bélouve mais par les sentiers !!!!

Et qu’est-ce que c’est long ….. à un moment, je me demande même si l’organisation n’est pas en train de nous égarer dans cette forêt, j’ai l’impression de tourner en rond….. et puis, on n’entends pas de voiture alors que le sentier est « censé » longer la route ????

Après ce labyrinthe long, pénible et usant pour le moral, dans la forêt tropicale humide -il commence à pleuvoir mais cela ne durera que quelques minutes- on arrive au Gîte de Belouve, et là commence une descente raide, mais en bien meilleur état que lors de nos recos en juillet, vers Hell-Bourg. Il y a parfois de longues files de raideurs, avec des fous qui arrivent en galopant et vous collant aux baskets… ce qui m’énerve car ça me stresse et c’est là que je me tords les chevilles…. Et ce qui m’étonne toujours à ce stade de la course (s’ils sont si bons, ils devraient être loin devant moi, non ??).

J’arrive enfin à Hell-Bourg et là, chose inattendue, une touriste se fait photographier avec moi par sa famille « je peux me faire prendre en photo avec vous ? » !!! cela ma flatte !!!!

Hell-Bourg : 14h23, pk71, 678è et 15èSF. Waouuuu, je gagne des places. La je me fais plaisir au ravito : il y a du chocolat chaud, miam !!! pas super le lait pour les intestins, mais ça fait tant plaisir…. Quelques rapides étirements des jambes et je ne traîne pas, j’ai dû m’arrêter un petit quart d’heure…. Je ne veux pas me refroidir pour monter le fameux Cap Anglais : je sais qu’il me faut 2h pour le monter puis un peu moins de 1h jusqu’au Gîte du Piton puis au moins 1h30 pour arriver à Cilaos.

C’est dur, j’ai l’impression que je n’ai plus de force dans les jambes, je m’alimente en gels et barres énergétiques, j’essaie d’avoir les idées positives, je pense à la phrase de Jean-Hugues « si ça va pas bien maintenant, ç a ira mieux après ! ». Finalement cela se passe assez bien jusqu’au Gîte du Piton…. C’est après, la descente sur Cilaos qui est dure, dure, je commence à avoir les genoux sensibles (les essuies-glace !!), je me fais doubler et j’essaie de suivre mes doubleurs, je m’accroche pour essayer de rester dans le rythme d’autres descendeurs…. Car c’est plus facile quand quelqu’un donne le rythme.

J’arrive enfin au bloc, après une fin de descente légèrement glissante à cause de la farine et du chemin qui est sombre dans le sous bois….. je fais les quelques kilomètres de route qui rejoignent le poste de Cilaos et le stade en courant, les gens m’encouragent et m’applaudissent ce qui me donne du baume au cœur, et me motive à courir à bonne allure…. Les jambes vont bien, le souffle aussi, et le moral est au beau fixe.

Gino m’avait fait un timing avec une arrivée à Cilaos à 19h et là je pointe à 17h20 ; on est au PK89, je suis classée 485è et 12è SF. J’ai passé la 1ère moitié de la course !!! Ouf !!

Je m’arrête au « stand » du Doc Leroy, qui me fait une séance de mésothérapie pour mes genoux qui commencent à être douloureux en descente. Puis, je file aux Eglantines avec Francis pour un bonne douche chaude, un bon plat de pâtes/jambon/chocolat chaud, un massage relaxant des jambes et un petit somme (une petite heure car trop énervée pour dormir : j’ai dû somnoler 30minutes maxi !!).

Je repars de Cilaos vers 20h30 en me couvrant car j’ai un peu froid, Francis m’accompagne jusqu’au début du sentier des porteurs.. et me souhaite bonne chance.

Je me découvre vite de mes gants, bandeau tête, manchons bras et coupe-vent : en reprenant la marche il fait vite chaud…

Je double dans la descente sur le tour de Bras Rouge, ça va bien.

J’arrive au pied du Taïbit à 22h11, on est au PK 97, je suis 14ème SF (à cause de mon arrêt à Cilaos): petit arrêt pour apercevoir des raideurs dormant, épuisés ou mal au ventre…. Je repars vite et donne quelques conseils en passant.

J’attaque le Taïbit avec régularité, je double encore des raideurs sur le bord du chemin. Sont-ils malades ? fatigués ? Puis descente prudente vers Marla…. C’est quand même beaucoup moins évident la nuit.

Je pointe enfin à Marla, il est minuit 30, cela fait 26h30 que le départ à été donné, pk103 : il ne reste QUE 60km !!! je pointe 12ème SF (il doit y en avoir 2 qui dorment dans le coin !!).

Je commence à avoir du mal à manger : allez, je prends une bonne soupe aux pâtes, ça me fera du bien. Je ne m’attarde pas : entre les raideurs à table et les autres sous les tentes, il y a l’air d’y avoir pas mal de monde ici. Je repars sans trop tarder, comme à chaque fois, pour ne pas se refroidir.

Il y a pas mal de raideurs sur le chemin, certains que je rattrape, d’autres qui me doublent en groupe…. Moi, cela ne me dérange pas de marcher seule…. Mais si un raideur a mon rythme, j’essaie de marcher avec lui. Je dis lui, car je rencontre plus de gars que de nanas ….

Pointage à 3Roches à 1h49, on est au pk106, je suis maintenant 10ème SF et 510ème au classement général (sur 2680 partant): Waou super !!! (mais je ne le sais pas à ce moment là).

Maintenant pour arriver à Roche Plate, c’est un peu pénible : il y a ces fameuses 3 montées et 3 descentes, et à certains endroit on patauge carrément dans la ravine… qui se superpose au chemin… et comme il fait nuit et que les rochers mouillés glissent, il faut redoubler de prudence.

J’avance, j’avance, « ne craint pas d’être lent, craint seulement d’être à l’arrêt ! ». je connais bien cette partie de jour et je sais qu’ il me faut environ 1h30 à 2h, donc ça passe bien, je ne suis pas trop fatiguée. Je m’alimente régulièrement en eau et produits sucré dont la crème de marrons (miam, miam !!).

Enfin, Roche Plate : il est 3h30, on est au PK 111…. Ça avance pas vite les kilomètres… faut dire que les partie « plates » sont inexistantes et que la nuit, on ne va pas trop vite en descente.

J’ai fait ensuite le trajet jusqu’aux Orangers avec un raideur… c’est plus facile à 2 : lui me permet de ne pas « m’endormir » et ça me stimule … et quand il ne trouve pas le chemin, le superbe éclairage de ma frontale lui montre les marques rouges et blanches. Cette portion consiste principalement à de la descente.. .sauf avant d’arriver aux Orangers où se présente une belle petite côte.

Les Orangers : 5h24, pk 116. Il commence à faire jour, je peux éteindre ma frontale. Je m’arrête toujours aussi brièvement et me fait doubler par quelques raideur(se)s qui ont peut-être dormis là… mais au final , j’ai toujours le même classement (j’avoue que je parle beaucoup de classement dans ce récit… mais en course, je n’y pensait pas du tout : le but étant de franchir la ligne d’arrivée au pk 163 !!).

J’aborde la longue descente qui passe par Ravine Grand-Mère (fait en canyon) avec ses parois abruptes autour de moi, puis la passerelle qui remonte vers cayenne… je m’arrête pour retirer mon tee-shirt épais et en mettre un plus léger car il fait déjà bien chaud…

Pourquoi ils nous font encore remonter jusqu’à la passerelle du pont d’Oussy ??? On était à côté de la rivière des galets ??? Encore une chance que je sois à l’ombre sur ce versant, car le soleil tapait dur dans la descente. Après une énième montée/descente, j’arrive enfin à La Porte….. quelques passages de la rivière des Galets -dont le niveau d’eau est assez bas- en sautant de rocher à rocher.

Je vois le photographe des pages « mondaines » qui me photographie… je ne peux m’empêcher de lui dire que je ne suis pas dans une de mes tenue les plus mondaines !!! ça me fait sourire et plaisanter cette rencontre inattendue !!!

Deux-Bras : j’arrive au matin : 8h02 … on est au pk 126 !!! ça sent un peu le bout …. Mais pas encore : il y a une sacrée montée pour rallier Dos d’Ane.

Au poste de 2Bras, les kinés ont l’air de s’ennuyer….. J’accepte un massage des jambes !!!! Le « gros » de la troupe n’est pas encore arrivé…. Et pour eux le plus dur ça va être le soir et la nuit avec le Grand Raid et le Trail de Bourbon qui se rejoignent ….

Je commence à avoir une tendinite du releveur à la jambe gauche…. Je contacte Arnaud et Francis qui sont à Dos d’Ane pour les prévenir ….. en espérant que Arnaud pourra me prendre rapidement et que je ne doives pas attendre des heures ……


J’attaque avec confiance cette montée de Dos d’Ane qui m’avait laissé « sur le carreaux » lors de mes 2 semis-raid, car lors de notre reco de 2jours1/2 en juillet, j’ai avalé cette montée sans difficulté… Hélas, ce jour ce n’est pas le cas. J’ai confiance… mais cela ne suffit pas…. Je suis fatiguée….c’est long, même si j’ai le sentiment de bien avancer, les un peu plus de 126km et les 2 nuits blanches commencent à se faire sentir, et le soleil commence à taper dur.

On est à certains moments à flanc de paroi, en plein soleil…. Je croise un dénivien et alors que je pense être vers la fin … et il m’annonce qu’il me reste au moins une demie heure de montée….. Oh non !!!! Je pensais qu’il me restait un dizaine de minutes. Je me fais doubler… mais au moins j’avance… je me dis que je vais, que je DOIS y arriver. La chaleur commence à être vraiment difficile à supporter.

J’arrive enfin à la route de Dos d’Ane… encore une petite montée et c’est le poste de pointage, avec Francis qui m’y attend, ainsi que Arnaud, et toute l’équipe d’ « assistance Déniv’ » … et apparemment tout ce gentil monde n’attend que moi !!! C’est vraiment très flatteur. Je m’attendais à ce que ce poste soit remplis de raideurs avec nombreux blessés faisant la queue pour voir le Docteur Leroy… et voilà que toute l’équipe se mets aux petits soins pour moi.

Arnaud décide de m’enlever mes straps anti-ampoules…car il parait que j’ai les pieds dans un drôle d’état : « Tu as mal ? » et bien, non, je n’ai pas mal aux pieds, pourquoi ???

Pendant tous ces soins, un caméraman de Canal+ Sport Réunion me bombarde de questions… auxquelles je dois répondre un peu n’importe quoi … vu la débilité des questions posées (style : » c’est quoi qui fait plus mal : une entorse ou une tendinite ») et mon manque certain de lucidité après 2 nuits sans sommeil, 131km couplé à la chaleur et le début de difficulté à m’alimenter……

Ça y est, je suis « retapée » pour repartir : Arnaud m’a « bloqué » le pied en flexion pour immobiliser mes releveurs du pied. L’arrêt a été si long, que j’ai bien du mal à repartir…. Et le pied est tant bloqué que ça me fait un mal de chien à chaque pas sur le bord externe du pied…. Je me demande même si le serrage du strapping de Arnaud ne m’a pas blessé au niveau du 5ème méta…. En plus il y a une portion de route interminable où 2 raideurs avec qui je marche me motivent à trottiner.. mais je ne peux pas… ça fait trop mal et je suis vraiment fatiguée…..

Avant l’entrée du chemin, je me rends compte que j’ai une paire de ciseaux dans mon sac avec mes bandes d’elastoplast …. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ???

Je retire chaussure et chaussette et je me libère enfin de cette tension en taillant un peu dans le strap posé… mais sans le défaire complètement… sinon je vais à nouveau avoir mal à la jambe….

Je m’élance dans ce chemin hyper raide avec confiance.. mais doucement. A la descente, ça va encore à peu prés… mais à la montée… j’ai beaucoup de mal à avancer, je m’essouffle tout de suite et j’ai du mal à monter les jambes… je m’aide des bras…. Et puis, je pense être bientôt à la fin de ce sentier Kalla : on est 2 filles, on parle de trail, de tout, de rien… je relance un peu pour trottiner… pour finir en marchant. Il fait vraiment trop chaud, l’air est sec, le sentier est sec et nous renvoi de la poussière à chaque pas.

On « sent » que l’on arrive à La Possession.. on croise de nombreuses personnes venues à la rencontre de leurs « coureurs » .. pour les ravitailler en eau, nourriture ou réconfort…. Je trouve ça un peu « triche »….. ça m’aiderait beaucoup que quelqu’un m’amène de l’eau fraîche à cet endroit….

Heureusement, il y en à un sympa qui a accepté de nous verser un peu d’eau sur la tête : qu’est ce que ça fait du bien….. c’est comme si on versait de l’eau sur une plaque électrique allumée : ça me fait la même sensation ……mais à l’opposé ( vous avez compris ? c’est pas grave !!)

Après un détour monstrueux… pour éviter quelques centaines de mètres sur la route (ou nous rajouter des kilomètres au compteur ??), j’arrive enfin au poste de La Possession.

J’y arrive à 13h48 … soit en pleine chaleur !!! on est au pk 142 et je suis toujours 10ème féminime et 501ème au général.. cela ne changera plus beaucoup jusque l’arrivée.

Première chose que je fais : la douche froide : toute habillée … Youhhh, enfin j’arrive à baisser ma température corporelle… je me sens mieux… mais je n’ai pas l’appétit. J’essaie le gâteau sport au chocolat dont je raffole habituellement.. mais ça ne passe pas… et me donne la nausée .. je n’insiste pas.

J’aperçois derrière moi les lits picots des kinés… et je m’allonge…. On me propose un massage des jambes… que je refuse…je veux me détendre un peu en position horizontale…. Par contre, je demande à Francis de me retirer les chaussures et de me masser les pieds……

Ça me fait tellement de bien, que je me suis endormie une demie heure…..Bon, après 39h de course ce n’est pas un caprice… et puis , il fait si chaud à cette heure de la journée que ce n’est pas plus mal…

Je décide de repartir, car je ne voudrais pas finir trop tard dans la nuit…. Si je pouvais même arriver avant la nuit, cela serait le pied… mais là , je rêve un peu. Je n’arrive toujours pas à manger, Luc Mougé a beau me proposer plein de trucs appétissants, …. L’appétit n’est pas là…. Je pars quand même avec 2 tubes de gels énergétiques gouts menthe……

Et me voilà repartie, pour le terrible chemin de Anglais, avec ses pavés de toutes tailles, dans tous les sens, irréguliers et inclinés par rapport l’axe du chemin, tout cela en plein soleil …. Bref, une vraie galère.

Je remets ma musique en marche, ça m’aidera à avancer….. Aïe, aïe, aïe : plus de batterie, je l’avais mal éteint la dernière fois !!!! Du coup, c’est encore plus dur …. Je me fais doubler pas mal… par des raideurs que j’avais déjà doublé (ils ont fait une partie de tarot aux ravitos ou quoi ???), je double un peu… des raideurs en bien pire forme que moi et ayant de grosses difficultés à marcher….

J’arrive enfin à proximité de la Grande Chaloupe, quand je suis surprise par une bonne dizaine de photographes qui « mitraillent » littéralement tous les coureurs ….. je ne peux m’empêcher de leurs lancer : « avec toutes ces photos prises, je vais pouvoir me faire un « presse-book » à la fin !! ».

Je n’ai plus la force de courir jusqu’au poste, je trottine lentement… pour me donner de la contenance…. Allez, j’ai fait le plus « chiant »…. La 2ème partie du chemin des Anglais est plus « facile » que la 1ère que je viens de faire….

Il est 16h29 à La Grande Chaloupe… quoi ??? J’ai mis 2h à faire ces 5km ???? au lieu de 1h -1h15 en temps « normal » ….. ça va être dur d’échapper à la nuit ……

Je repars… vers ce qui me reste à faire… c'est-à-dire 16km environ…. Je repense à mes recos sur ce sentier, à la rencontre avec Annie Nerrant sur ce même sentier….. Je recommence à avoir des hallucinations visuelles (les 1ères c’était dans la descente de la Kalla) : un morceau de bois se transforme en écureuil, plus loin en lapin…. Un rocher rond devient un homme de dos…. Ça n’arrête pas….. J’essaie de ne pas regarder trop fixement un caillou, une branche ou un arbre, sinon c’est l’hallucination assurée…..

J’appelle Francis pour discuter un peu, car je m’ennuie… c’est un peu monotone ce sentier.. sur les pavés chauffés par le soleil

J’arrive enfin à la route, un créole me double (suivi de ses enfants qui ne me voient même pas et manquent de me faire tomber…) à toute vitesse (ça doit être le Trail de Bourbon !!), et le trajet de la course restera sur la route pendant plusieurs kilomètres…. Alors que l’on pouvait aller au même endroit par des chemins plus agréables !!!! C’est vraiment faire du kilomètre pour faire du kilomètre cette portion…..( et pourquoi, on n’est pas passé par la route dans la forêt de Belouve ???)….

En plus, facile de monter dans une voiture ….. d’ailleurs cela a été je pense un sacré point de « triche » cette portion : ravitos sauvage en eau, une copine de route m’a dit avoir vu des trailleurs descendre de voiture (mais n’a pas pu voir le dossard !!) et même la 2ème féminime du Trail de Bourbon qui s’est fait disqualifiée pour s’être fait porter son sac…….. mais bon : pour certains, c’est pas de la triche de se faire ravitailler hors point de contrôle …. Comme celui de couper les sentiers et prendre les raccourcis…..

Bon, je reviens à la course : j’arrive enfin à l’entrée du chemin qui mène à La Fenêtre : j’ai sorti ma frontale car la nuit va bientôt tomber et à partir de ce point, on va être sans les sous-bois et il fait très sombre… même en plein jour…. Et c’est reparti pour quelques hallucinations….

J’avance bien, la forme commence à revenir…. Je vois une fille devant moi…ça me motive à accélérer un peu….j’arrive à manger une barre au chocolat avec appétit… je reprends des force pour la partie qui reste, je double la fille…. C’est mon accompagnatrice du chemin de la Kalla… je lui dit : « c’est bon, on arrive à La Fenêtre, il reste 30bonnes minutes jusqu’au Colorado, puis 1h30 jusque l’arrivée, courage » et je file…..

Subitement depuis La Fenêtre, je n’ai plus mal aux pieds, je n’ai plus mal aux jambes, je me sens bien….je me fait doubler (semi-raid ??) et je double un peu…. Je cours presque dans la nuit dans ce sous-bois, je me répète sans cesse « fais gaffe à tes chevilles, à tes genoux… ». Je ralentit car avec la pente, j’ai tendance à me laisser aller…. Et c’est vraiment pas le moment de se prendre une gamelle.

J’arrive enfin au Colorado : il est 19h13… il fait déjà nuit…. Je suis 11ème senior femme… il me reste 6km pour enfin réaliser mon rêve….

Petit coup de fil à Francis pour lui dire que j’arrive dans un peu plus de une heure…..

Dernière descente…. Tient, les rubalises passent tout droit ….. Bah, ce n’est pas plus mal… comme ça, personne ne sera pénalisé par les « raccourcis » pris par d’autres coureurs….

Je rejoint un groupe de plusieurs raideurs, je reste derrière par prudence … et puis à un moment, quelqu’un arrive à toute vitesse derrière moi, je me retourne et j’ai le temps de reconnaître Maud Combarieu, 1ère du Trail de Bourbon pour crier, « Laissez passer, c’est Maud !! »…. Et dans la foulée, je double ce petit groupe en demandant pardon et en passant à des endroits plus larges où je sais où je peux mettre les pieds (c’est ç a l’avantage de bien connaître le chemin !!).

Waouu, super, j’ai doublé 2 nanas !!! Du coup, maintenant, je trace, car je ne veux pas me faire reprendre…..si près de la fin….. je me retournes de temps à autre et me renseigne par des gars qui me doublent… « les filles derrière toi, ne t’inquiètes pas, elles sont loin…. Elles n’avancent pas vite »…. Me voilà rassurée…. Mais je ne relâche pas le rythme pour autant…… Les derniers virages… je ne vois pas de rubalises…. Je demande où passer, et j’aperçois une rubalise devant moi, face à la pente (je me dis : donc on n’est pas obliger de prendre les lacets !!) : je me lance dans la pente que je connais bien pour l’avoir fait de nombreuses fois le jour … et connais aussi les pas de désescalade…. ce qui m’enlève toute inquiétude quant à la dangerosité du passage……

Ça y est je suis sous le pont Vinh San, je me sens bien, quelques centaines de mètres sur la route….. je suis à fond… les nombreuses personnes me laissent passer et m’applaudissent….

J’arrive dans le stade de La Redoute : ça y est j’ai fini, je suis arrivée, j’ai réussi ….. j’ai envie de pleurer, mais les larmes ne viennent pas…..

Anaïs est là pieds nus sur la piste, avec Francis devant qui me prends en photos avec elle…. Elle me donne la main et on courre ensemble sous les applaudissements de la foule….

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C’est magique, c’est magique … j’en rêvais, je l’ai fait …. En combien ??? 46h36 !!! Je visais les 50heures …. Pour une première, c’est un exploit personnel ….. Un exploit tout court !!!!

Ca y est j'ai réussi enfin !!! Depuis 8ans à la Réunion et que j'en rêvais et que je pensais que c'était impossible. C'est magnifique !!! il est environ 20h40 ce samedi 24 octobre 2010: j'ai réalisé un exploit: j'ai fait le GR !!!

Mon classement final : 504ème /2681 au général, 24ème /285 femme et 9ème Sénior Femme pour 163km et 9656mD+/D- en 46h36 !!!!

.... la suite:

super douleurs dans les 2 genoux pendant 3-4 jours et big œdèmes des Membres inférieurs.... tout est rentré dans l'ordre en 1 semaine.

Belle course, mais cela m' étonnerais que je me relance dans ce genre de défis....j'ai pas envie de marcher avec des béquilles, ou d'avoir de l'arthrose aux genoux prématurément !! .... mais je ne vais pas arrêter la course de montagne pour autant..... mais plus de si grande distance en 1 fois !!!

Cette magie du Grand Raid… il faut l’avoir fait pour comprendre... et à chaque évocation, à chaque lecture d’un récit... je pleure… de bonheur ? de plaisir ? de souffrance endurée ??... Je ne sais pas, …c’est plus fort que moi : C’EST LE GRAND RAID de LA REUNION !!!!!

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