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I'm back

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 472

Pour Marie



Note de l'auteur : si le second degré ne fait pas parti de votre panoplie, vous risquez d'être perturbé.

18 mars 1995

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I'm back
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Par ces simples mots, après avoir pris sa retraite sportive suite au décès de son père en 1993, Michael Jordan annonce son retour aux affaires, chamboule la NBA, choque et électrise le monde.

2 juillet 2019

Sébastien Sauleau amorce son retour aux affaires et le monde s'en contrefiche. Et il a bien raison le monde !

Rappel des épisodes précédents pour ceux qui ne connaissent pas la bête. Mais diantre, comment est-ce possible ? De 2011 à 2016, j'effectue une plongée en apnée dans le monde merveilleux du trail running. J'y mets toute ma joie de vivre, sème du kiff et récolte de la came de première. Du bonheur à l'état pur. 100% email diamant. En 2016, lassé par les contraintes imposées par la compétition, bercé par le sentiment d'avoir fait le tour de la question, je raccroche les baskets lors des 100 kilomètres du Grand Raid des Cathares à Carcassonne que je conclus à une honorable deuxième place dans l'indifférence générale. Sur ma lancée, je tue le chien, quitte mon travail, ô combien confortable, d'ingénieur informaticien, vends mon appartement avec tout son contenant et prends mes quartiers dans un Merco Marco Polo. Le même que Kilian Jornet, sale petit copieur que je suis. Pendant près de trois ans, j'abandonne à la Vie le soin de guider mes pas. Elle aura le bon ton de m'emmener, entre autres sur le chemin de Compostelle. 2000 kilomètres du Puy-en-Velay à Porto, en passant par Compostelle évidemment. Deux mois d'extase absolue relaté dans un livre unanimement acclamé par la critique en vente ici. Manquerait plus que je ne fasse pas ma propre publicité !

Ce périple m'a redonné goût à l'itinérance et aux sorties longues en endurance. J'ai remis le couvert sur le chemin Stevenson pendant 4 jours deux mois plus tard en septembre 2018 (cf compte-rendu) et depuis plus rien, nada, walou, que'tchi, peau de balle, peanuts. Ce qui nous amène à l'actualité du jour. Qu'est ce qu'il a à vous annoncer le gamin ?

Roulement de tambour.

Au risque de vous décevoir, rien de transcendant si ce n'est le désormais traditionnel TALC. Prenons les choses dans l'ordre pour les novices. Dis Papa, c'est quoi un TALC ?

TALC : Truc A La Con.
« Deux potes. L'un lance une idée. L'autre : "C'est un peu con ton truc !". Et c'est parti. Un défi sportif très paradoxal : à la fois totalement futile et complètement indispensable. » ©Sébastien B.

Chez moi le TALC procède d'un processus assez mystérieux. Une bulle se forme dans mon esprit, ça commence à gratter et un jour la bulle explose. Le ver est dans le fruit et je ne connaîtrais le répit qu'une fois le TALC accompli. Cette fois-ci, cela se matérialise par une injonction ferme et définitive :

"Monsieur Sauleau, votre mission, si toutefois vous l'acceptez, consiste à vous lever un matin, à vous munir du minimum vital, à vous rendre à la gare d'Angers Saint-Laud afin de prendre un train pour Saumur et revenir à coup de lattes. Ce message s'autodétruira dans 5 secondes".

Ne nous leurrons pas, 60 kilomètres pour rentrer sur Angers en longeant la Loire n'a rien d'une mission impossible en soit. Faut pas pousser Mémé dans les orties. Je rappelle, à toute fin utile, que sur les 177 km du Raid du Morbihan, un monsieur de 81 ans a bouclé l'histoire en 40h. Alors rien d'extraordinaire, loin de là donc, simplement l'envie d'ancrer dans la réalité, une de ces fameuses petites bulles qui émergent parfois dans mon esprit tordu. Cette bulle flottait depuis un moment et je la repoussais en trouvant toute sorte de prétextes comme autre chose à faire, pas assez en forme, pas assez entraîné, peur de me blesser, d'attraper un coup de chaud, un coup de moins bien. J'en passe et des meilleurs.

Et puis Marie. Rappel brutal et violent que la Vie est en effet imprévisible et si cruelle parfois. Elle ne laisse aucune latitude pour repousser à plus tard ce qui nous anime au plus profond de nous-même. Je le sais et puis je l'oublie. Alors il n'y a pas de temps à perdre à vouloir suivre mes envies. Les conditions parfaites pour faire ci ou ça ne se présentent jamais. Seuls les actes manqués risquent de s'accumuler charriant leur cortège de souffrances et de regrets éternels. Je vous engage chaleureusement à évaluer honnêtement si vous êtes fidèles à vous-même. Les relations toxiques, le boulot qui met votre corps au supplice, les rêves d'enfant étouffés dans l’œuf. Rien ne vaut de passer à côté de sa vie. Alors oui je sais, ce n'est pas facile, je peux en témoigner. Ça peut même être très difficile et paraître au premier abord insurmontable. Ça demande inévitablement de faire face à ses peurs les plus vivaces. Il n'y a pas d'échappatoire à ça. Et en même temps, la peur est un indicateur précieux pour signaler la direction à suivre. C'est en la transcendant que la joie apparaît. Pendant des années, j'étais tétanisé à l'idée d'exprimer qui je suis. Je ne le suis plus. Je ne laisserais plus jamais ni rien ni personne entraver mon aspiration à être libre. Je suis sur cette terre pour exprimer pleinement mon potentiel et je compte bien m'y atteler avec toutes les forces de mon âme. Les gars du marketing peuvent être cyniques à souhait mais ils leur arrivent d'être touché par la grâce et de faire mouche. Je pense notamment à ceux de McDonald's qui ont accouché du très puissant "Venez comme vous êtes" que je paraphraserais avec "Soyez comme vous êtes".

Après cette intermède "développement personnel", revenons donc à nos moutons. La mission du jour. Côté pratique, pas de prise de tête ni d'organisation compliquée. Comme pour Compostelle, j'applique ma formule magique "légèreté, simplicité et humilité". Envie d'une balade à l'ancienne. Old school baby. Pas de montre, pas de téléphone. Et donc pas de photos. Une feuille de papier, un crayon pour noter d'éventuelles fulgurances, un débardeur qui valsera dès les premières foulées, de l'eau trafiquée avec du jus citron et du sirop d'agave, quelques barres de céréales et noix du Brésil, 20 balles et roule ma poule. A son grand désarroi, Miguelito reste à la maison. Un simple porte gourde de 700 ml fera l'affaire. Pour ceux qui ne connaisse pas Miguelito, achetez donc mon livre, toujours en vente ici et toujours unanimement acclamée par la critique.

7h10 : "Le train Intercités numéro 4402 à destination de Lyon Perrache va entrer en gare voie A".

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Le ciel est d'un bleu immaculé et la température douce. Les gens partent travailler et moi je m'offre une escapade enchantée. Quel cadeau magnifique, je me fais en écoutant mon cœur. Je suis assis dans le sens inverse de la marche et je regarde avec gourmandise et un peu d'appréhension, le paysage s'éloigner de moi. Ah oui tout ça quand même ? Soit. Je préfère encore ce plat copieux à celui de mon voisin en costume avec l'ordinateur et le téléphone branché dès 7 heures du mat en ce mardi matin.

7h32 : Saumur. Je traverse le pont sur la Loire pour rejoindre la rive gauche. Je sens une joie immense m'envahir à la vue de la scène qui se joue devant mes yeux.

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Le château imposant et majestueux, ce fleuve magnifique et moi qui m'apprête à cheminer pendant quelques heures sur la trace de mes ancêtres paternels. A une époque, j'avais réalisé l'arbre généalogique de la famille Sauleau et les plus anciens représentant au 16ème siècle et après habitaient sur ces bords de Loire à Saint-Pierre-en-Vaux, Grézillé, Charcé, Brissac, des villages plus ou moins sur ma route.

Dès le départ, je bascule sur le mode économie d'énergie. Je pense à poser la foulée la plus légère possible et à utiliser les bas-côtés ombragés au temps que faire se peut. Je ne me sens pas super vaillant. L'énergie bien que bonne n'est pas débordante et mon entrainement moins assidu qu'à une époque ne me garantit pas une assurance à toute épreuve. Alors je gère. Une petite faim apparaît. J'entame une barre pour entendre sonner au loin les neuf coups de 9h. Les onze coups de 9h, avouez que ça serait un peu couillon. Trois heures après le petit-déjeuner c'est idéal. Je suis donc bien en connexion avec les besoins de mon corps.

9h30 : après deux heures d'effort, j'arrive à Gennes un peu circonspect sur ma forme du moment et je prends un léger coup sur la calebasse en voyant un panneau "Angers 46 km". Ouch ça pique là ! Petit travail mental. "Ne pense pas à ce qu'il reste, avance et lâche prise". Un peu plus loin "Angers 38 km". Plait-il ? Puis "Angers 46km" et derrière "Angers 37 km". Oh c'est pas bientôt fini ce bordel ? Seule explication valable à mes yeux, une variante doit exister quelque part.

10h30 : je suis dans ma bulle, tranquille. Ça déroule facile mais sur ce genre de balade il me semble judicieux d'anticiper. Anticiper la pause, la faim, la soif. Alors que j'entre dans Saint-Rémy-la-Varenne après 30 km et que le troquet de l'église offre une terrasse ombragée, je m'accorde une pause café.

10h45 : je repars pour voir un panneau "Angers 28 km". Peu après, je traverse la Loire au niveau de Saint-Mathurin-sur-Loire pour rejoindre la rive droite que je ne vais plus quitter jusqu'à l'arrivée.

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C'est un de ces petits moments magiques que peut offrir une telle journée. La Loire se présente dans toute sa splendeur. Je la laisse déverser en moi sa beauté irréelle. Je suis bien inspiré d'en profiter car je ne le sais pas encore mais je ne la reverrais plus. Ce sont ses adieux qu'elle vient de me proposer. L'itinéraire va entrer sur les routes de campagne pour ne plus les quitter.

Inévitablement quand je me lance sur des longues distances, le passage de la mi-parcours déclenche en moi un flot d'énergie débordante. Cela m'euphorise. Je décide d'être à la maison pour 13h. Que cela soit écrit et accompli. Fini donc mon rythme de sénateurs (de droite évidemment !!). Il est temps de se sortir les doigts du cul et de passer la seconde. Je me sens porter par une force qui emporte tout sur son passage. Je suis à l'aise, serein, en prise. Et pourtant le temps s'est durci. Le débardeur a repris sa place sur mon dos car le soleil cogne désormais fort sur ma nuque et les interminables lignes droites de route goudronnée sont un désert d'espaces ombragés. L'air s'est raréfié et les rapaces tournoient au-dessus de moi. C'est la fête du slip. Il en faudrait plus pour me démoraliser. Je suis comme le requin qui coule s'il s'arrête de nager. Avancer ou mourir. Alors j'avance. Je préfère. Les kilomètres défilent aisément dans le silence complet de mon mental.

A la Daguenière à environ 14 km du but, je suis presque à sec d'eau et je sais que je ne peux pas repartir du village sans refaire le plein sinon ça sera la mort du petit cheval. Des toilettes publiques me permettent de sauver le petit cheval et de rafraîchir la bête. Quelques kilomètres plus loin le passage de l'Authion à l'aide d'un bac vient mettre un coup d'arrêt à ma progression. Il est de l'autre côté et les cyclotouristes mettent un peu de temps à traverser. La récompense qui suit est à la hauteur car sur l'autre rive c'est un petit chemin de terre ombragé qui m'attend. Alléluia aux plus hauts des cieux.

L'entrée dans le parc des ardoisières m'indique que j'approche de Trélazé, commune limitrophe à Angers. Et en effet je tombe directement sur Arena Loire, lieu de départ d'une course du passé. Ça commence à sentir l'écurie. Mais ça serait trop beau si c'était si simple. Je perds un peu la trace de l'itinéraire et me retrouve à sec d'eau sur le bord de la D117 où des camions poubelles et ce fumier d'astre solaire viennent me rappeler que la vie ce n'est pas "La petite maison dans la prairie". Je suis en train de me demander si je ne m'éloigne pas du but car je semble loin de toute civilisation. Des camions et des voitures ne me suffisent pas. Je veux voir des habitations. Plein plein. Je finis par tomber sur une jardinerie connue. Je revis. En fait non. Je coince un peu. Mais la vue du panneau d'entrée de ville "Angers" ne m'aura jamais fait autant plaisir. Je remonte l'interminable rue Saint Léonard pour tomber sur le stade Raymond Koppa, théâtre de mes joies d'adolescent. "Et quand la butte se met à chanter, c'est tout le stade qui va s'enflammer. Allez, allez, allez, allez, allez le SCO !!!".

Les derniers hectomètres me font oublier les jambes un peu lourdes. Je passe devant la maison qui m'a recueilli les dix premières années de ma vie au "31 rue du Bon Repos". 300 mètres plus loin, je mets la clé dans la porte du "43, rue du Frais Foyer". Des noms de rue bien indiqués en ce 2 juillet. Il est 13h15 quand je retire mes baskets. Fichu bac. Il a fichu en l'air mon plan aux petits oignons !

Bilan de cette escapade ?

La veille, je me suis délecté de ces moments avant la "bataille" quand les affaires sont prêtes et qu'il n'y a plus qu'à y aller. Quand l'excitation se mêle à l'incertitude d'un dénouement heureux. Ai-je ça en moi ? Et là, je réalise à quel point, j'aime ce sentiment du devoir accompli. J'ai donné ce que j'avais à donner. Je suis repu. J'ai vécu cette journée telle que je l'avais imaginée. Je me suis offert une longue méditation en action. Je me suis laissé porté par la vie tout en respectant l'intégrité de mon corps. A aucun moment, je ne l'ai senti en souffrance. En difficulté parfois oui mais la nuance est de taille.

Et pour le prix d'un billet de train à 5,50€, d'un café à 1,10€ et de 4 barres de céréales, me voilà rassuré sur ma capacité à savoir encore courir. Pas de douleurs improbables à signaler, aucune gêne particulière, que ce soit d'éventuels échauffement aux pieds malgré la dureté du revêtement, inconfort digestif ou autres réjouissances. Tout en contrôle pendant ces quelques heures. Je suis d'ailleurs toujours aussi étonné à quel point le temps peut se distordre quand on n'y attache aucune importance. Sans montre, je me suis contenté de mettre un pied devant l'autre et je n'ai pas vu les heures défiler. A aucun moment, je n'ai ressenti de lassitude d'être là. Seul mon corps guidé par ses besoins m'a rappelé à mes obligations parfois.

Pour célébrer cette journée sortant un peu de l'ordinaire, une bière bien-nommée fit l'affaire.

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