1. Ce site utilise des "témoins de connexion" (cookies) conformes aux textes de l'Union Européenne. Continuer à naviguer sur nos pages vaut acceptation de notre règlement en la matière. En savoir plus.

Sur les traces de Stevenson - Jour 1

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 577



Le 17 mai, je partais du Puy en Velay pour me lancer sur le chemin de Compostelle. Quatre mois plus tard, me voilà de retour. Je suis le même et pourtant si différent. Sur le chemin, je me suis trouvé. Ainsi aligné, j'ai permis à l'Amour d'entrer dans ma vie. C'est donc incroyablement léger que je m'apprête à fouler de nouveau les sentiers. Physiquement, je me sens loin d'être prêt pour ce qui s'annonce mais je m'en fous. Je prendrai ce qui vient avec détachement, un grand sourire aux lèvres. Tout ce qui se présentera sera une occasion pour moi de continuer à me découvrir. Je vais pouvoir mettre en pratique ce qui est désormais au cœur de ma vie, ce qui m'anime. OUI à ce qui est. Oui à la beauté, à la légèreté, à l'aisance, à l'émerveillement mais oui aussi à la fatigue, aux douleurs, à la faim, à la lassitude si ça vient. Je ne sais pas si je vais pouvoir aller au bout et c'est là où peut résider la joie. Dans l'incertitude.

Je profite de l'après midi pour déambuler dans cette ville qui représente tant dorénavant. Je ne peux plus pénétrer dans la Cathédrale sans ressentir un sentiment profond de paix. Je mesure pleinement ce qui m'a été donné et la gratitude déborde de tous les côtés. Après une nuit confortable dans une chambre individuelle du gîte Saint François, je me lève de bonne heure afin de partir dès le lever du jour. Et pour aller où au fait ?


Le GR70, appelé aussi communément « Chemin de Stevenson » en l'honneur de l'écrivain Robert Louis Stevenson, auteur, entre autres de « L'ile au trésor » et de « Docteur Jekyll et Mister Hyde » et qui à l'automne 1878 relia à l'aide d'un âne, le Monastier sur Gazeille à Saint Jean du Gard, soit une balade d'environ 200 km. Il tira de cette aventure un livre devenu célèbre « Voyage avec un âne dans les Cévennes ». En ce qui me concerne, il s'agit d'aller du Puy en Velay à Alès ce qui représente la modique distance de 275 km. Là j'appelle à l'aide un ami qui a théorisé sur le sujet.

TALC : Truc A La Con.
« Deux potes. L'un lance une idée. L'autre : "C'est un peu con ton truc !". Et c'est parti. Un défi sportif très paradoxal : à la fois totalement futile et complètement indispensable. » ©Sébastien B.


Là où je pourrais postuler à cette appellation, c'est que le Stevenson se fait majoritairement en 12 jours. Et moi, comme je suis un peu con, je me suis dit que 5 jours ça serait bien suffisant. Je n'ai pas que ça à foutre non plus. Et comme je suis vraiment très con, finalement, j'ai mis la plus grosse étape de 64km le premier jour histoire de bien me fracasser d'entrée. En vérité, je n'ai pas eu trop le choix car un arrêt incontournable m'attend le deuxième jour et le choix des hébergements n'est pas infini. C'est une phrase attrapée au vol à Chamonix qui m'a convaincu de poser l'équation ainsi.

IMG_20180803_115835 (Copier).jpg

Pour ajouter à ma connerie, je pars très léger. Dans le sac : un coupe vent, un pantalon et un tee shirt pour le soir, un caleçon, une paire de chaussettes, un sac à rêve, des gants de soie, un buff, un savon, une brosse à dent et du dentifrice, et pis c'est tout. Seulement sur la bouffe j'ai un peu de mal à lâcher prise. Tout ça mis bout à bout, la dénomination TALC ne me paraît pas usurpée. Donc moi, je n'ai pas d’âne à disposition mais j'ai Miguelito, fidèle compagnon du camino. Oui je sais c'est un sac à dos mais il a une âme. Lui aussi a pris vie sur le chemin. On a vécu tellement de belles choses ensemble.

Je pars à mon rythme à 7h30 et ça déroule aisément dès les premières foulées. J'avance sans me poser de question dans la fluidité et la sérénité.

20180922_094522 (Copier).jpg

Sur les coups de 10h, j'atteins Monastier sur Gazeille. Me prends une envie de déguster un café avec une gourmandise. Pour la gourmandise, aucune difficulté, je dénombre au moins 5 boulangeries ouvertes. J'ai donc mon moelleux aux marrons mais pas de trace de café à l'horizon pour l'accompagner. Je quitte la ville marri et un peu surpris. Normalement quand je demande, ça répond, surtout en ce moment. Je suis dans la nature quand soudain sur la gauche apparaît le moulin de Savin. Cela semble désert mais c'est bien ouvert. Je peux donc déguster le combo café moelleux avec les citations qui vont bien et m'indiquent que je suis au bon endroit ce matin.

20180922_101444 (Copier).jpg

La pause, comme le reste, est minimaliste. 5 minutes à peine. Quand je suis en mouvement, ça me coûte de m'arrêter. Je ressens une violence à l'immobilité alors qu'en temps normal j'aime contempler, être posé. Je repars donc expressément. A partir de maintenant, le caillou est roi.

20180922_103317 (Copier).jpg

Une descente technique + + se présente. Je laisse mon être diriger la manœuvre. Au moment où la tête reprend la main avec un « Ouh là c'est chaud quand même », je termine sur les fesses. Je débranche le cerveau et m'en donne à cœur joie. En bas de cette descente, j'ai le bonheur de traverser la Loire qui n'a encore rien du fleuve que je connais si bien et que j'aime infiniment. Tant de gens chers à mon cœur, à Blois, Angers, Nantes vivent sur ses rives alors j'ai une affection toute particulière pour cette rivière sauvage, imprévisible et si pleine de vie.

20180922_113446 (Copier).jpg

Une fois en bas, c'est couillon mais il faut remonter. Et c'est une belle patate qui m'attend. Je grimpe bien mais celle là je la sens passer. D'ailleurs la journée est fortement vallonnée. La chaleur s'installe insidieusement. Tombe la chemise. Sentiment de déjà vu. Le chemin n'est pas bien loin finalement. C'est reparti pour le bronzage sac à dos.

20180922_111731 (Copier).jpg

A 13h, je boucle le marathon en 5h37. On ne rigole pas s'il vous plaît. Jusqu'ici je n'ai mangé que le moelleux aux marrons et une petite barre maison. Le corps ne réclamait rien donc je n'ai pas insisté. Là par contre ça grogne dans les rangs. La révolte gronde. Les piquets de grève ne sont pas loin. Je demande donc de quoi grailler. 10 minutes plus tard, je suis exaucé puisque apparaît Le Bouchet Saint Nicolas avec son épicerie et ses sandwichs tant désirés.

20180922_131442 (Copier).jpg

Malheureusement l'épicerie est fermée. Je traverse donc la rue pour entrer tel Tarzan dans un troquet.


« Dites les gens, vous ne me feriez pas un casse dalle par hasard ? ».
« Terrine salade ? ».

Moue dubitative.

« Fromage salade ? ».
« Voilà ! Merci brave homme !!».


En attendant ma pitance, je m'offre un moment savoureux à écouter l'audition d'Alexandre Benalla sur BFM TV. Je suis aux anges. C'est un énorme sandwich tomate, salade, tomme grise qui m'est apporté sur un plateau d'argent. Je me régale mais cale au deux tiers. 15 minutes étant le temps maximum auquel je peux m'exposer à BFM TV sans courir le risque de lésions irréversibles, je mets le reste du sandwich dans le sac et me sauve à toute vitesse. 20 minutes de pause dans la journée, ça suffit bien. Maintenant c'est non stop baby.

20180922_125202 (Copier).jpg

Évidemment la digestion est difficile, le soleil ne fait pas de quartiers et un soupçon de fatigue apparaît. Tout devrait concourir à mon mal être et pourtant je suis bien, serein. Tellement heureux d'être là, à ma place.

20180922_134801 (Copier).jpg

La fin est un peu démoniaque et sur les 5 derniers kilomètres je dois m'employer un peu et appeler à la rescousse pour obtenir un peu d'énergie supplémentaire.

20180922_150329 (Copier).jpg

Mais j'arrive sans encombre vers 16h15 à Pradelles où je dévalise le Vival pour faire le plein de fruits. Nous sommes deux dans le gîte. A chacun sa chambre. Aujourd'hui, j'étais dans le Velay et demain je rentre dans le Gévaudan. Si je vois la Bête, je la défonce !
You need to be logged in to comment