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Sur les traces de Stevenson - Jour 2

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 472


A 6h45 je suis au café à taper la discute avec un monsieur charmant. Et je ne dis pas ça parce qu'il arrive à placer Conques dans la conversation. Comme le Puy en Velay, ce lieu représente tant pour moi. J'y ai vécu des moments de paix et de joie incroyables. Espace privilégié pour permettre à la conscience de se déployer.

7h15. Ça n'est pas tout ça mais il faut que je me sorte les doigts du cul et que j'enquille car même si seulement 50 km sont au programme, l'étape promet d'être engagée. Les montagnes russes sont annoncées. C'est à l'abbaye de moines cisterciens-trappistes de Notre Dame des Neiges que je me rends gaiement. L'accueil ne se faisant qu'à partir de 17h, il n'y a pas d'urgence non plus à se mettre en route expressément alors j'en profite pour m'offrir un nouvel échange avec un monsieur après avoir reçu un «
Vous êtes bien matinal ? ». J'adore ces petites rencontres impromptues où on discute de tout et de rien. De rien surtout.

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Sur les premières mètres, une légère raideur se fait sentir mais elle disparaît très rapidement. Ma capacité de récupération n'a jamais été prise en défaut lors de mes itinérances. Je sais naturellement quelle allure adopter pour durer. Il s'agit juste d'être à l'écoute. Parfois je pars à la course, le corps n'est pas d'accord, alors je reviens à la marche le temps nécessaire. Inévitablement, vient le moment où la foulée se fait aérienne et me permet de quitter pour un temps l'attraction de la terre afin de m'envoler à l'aplomb du sentier.

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J'assiste joyeux au petit déjeuner des vaches qui piquent un sprint dès qu'elles reconnaissent leur bienfaiteur apportant la pitance du matin. Dès qu'il s'agit de bouffe, humain, veau, vache, cochon, même combat. L'absence de nuages dans le ciel d'un bleu éclatant annonce que ça va taper fort aujourd'hui. Heureusement les nombreuses forêts offrent un couvert bienvenu.

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Le Gévaudan est comme le Morvan, un désert de commerce. Je fais le deuil de mon envie de Perrier Menthe et me satisfait pleinement de trouver de l'eau régulièrement. Quand je m'enquiers de la distance du prochain village aux rares villageois que je croise, j'adore quand on me répond, « oh mais c'est au moins à 2h30-3h ». Je souris, divise la durée au moins par deux mais ne dis rien.

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Les montées prennent de l'ampleur. Elles s'allongent et affichent une sévérité plus marquée. « Raidard sous le cagnard ». Film d'horreur. Une légère lassitude apparaît à mi parcours pour être balayée aussi vite que le vent balaye les feuilles mortes. Le plaisir d'être là ne se dément pas et revient inexorablement à ma rescousse à chaque fois que le besoin s'en fait sentir.

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Une nouvelle descente technique se présente à moi. Des cailloux partout, des feuilles pour les masquer et corser un peu l'histoire. Je détends mon corps, mon esprit, je m'ouvre, fais confiance et me laisse aller dans la pente. « Lose Yourself ». Sensation incroyable, jamais ressenti à ce point jusqu'ici. Je ne descends pas, ça descend. Je suis un animal. Je sais faire. Spectateur ébahi devant la fluidité des mouvements.

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Panneau
« Notre Dame des Neiges 9,5 km – Laveyrune 2 km », puis
«
Notre Dame des Neiges 10,5 km – Laveyrune 1,4 km » et à Laveyrune
«
Notre Dame des Neiges 10 km ».

« Tu avances et tu recules, comment veux tu, comment veux tu ... ».

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Je ne suis pas un « sueur » mais là je commence à évacuer l'eau autrement que par ma vessie. Et ce n'est pas la montée incroyablement longue sous les lignes à haute tension EDF qui va me rafraîchir. Puisqu'il n'y a pas de commerce ouvert, je boude et ne fais pas de pause. La roue est en mouvement et rien ne peut l'arrêter désormais.

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Porté par une énergie plus grande que moi, j'arrive étonnamment préservé à 14h30 à l'abbaye qui surgit de nulle part. Le lieu est magnifique, apaisant et inspirant. Après une journée d'itinérance à flâner qu'il est bon de se poser dans un endroit pareil.

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Pour ne rien gâcher, il y a une boutique monastique avec tout le nécessaire pour retaper un petit gars affamé et assoiffé. Je trouve même le moyen de me lier avec un monsieur intéressé par Compostelle. Ni vu ni connu, lui aussi me place Conques dans la discussion.

A table pour le dîner du soir, de manière inattendue, vu le profil de mes camarades plutôt âgés, la conversation s'oriente sur Kylian Jornet, la Sainté Lyon et autres sujets du même acabit. Je ne l'ai pas vue venir celle là mais ça me réjouit. Probablement l'effet du vin des moines. La soirée est douce, agréable. Personne ne se plaint dans les rangs. Juste vivre le moment.
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