1. Ce site utilise des "témoins de connexion" (cookies) conformes aux textes de l'Union Européenne. Continuer à naviguer sur nos pages vaut acceptation de notre règlement en la matière. En savoir plus.

Sur les traces de Stevenson - Jour 4

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 409



Le réveil corporel a lieu à 5h30 malgré une mise au lit deux heures après les randonneurs tombés au champ d'honneur dès la tombée de la nuit. Premier levé, je prends mon temps pour faire l'ouverture du café de proximité. Une fois ce besoin assouvi, je m'élance dans la fraîcheur matinale.

20180925_074125 (Copier).jpg

Je me sens tellement bien ce matin. Aujourd'hui, c'est l'étape des enfants. 46 km, une « butte » dès le départ, un sommet à gravir et ensuite c'est tout en descente pour faire parler la poudre et réveiller des sensations oubliées.

20180925_075127 (Copier).jpg

La butte ne m'impose pas le rythme du marcheur. Coureur je suis, coureur je resterai. Born to Run. C'est dans mes gènes, c'est dans les vôtres. Souvenirs immémoriaux de notre humanité naissante. Pour célébrer ça, je m'élève pour offrir ma salutation au soleil.

20180925_075539 (Copier).jpg


Sur le chemin de Compostelle, un jour où j'affrontai mon ombre, rempli de tristesse, démuni, j'avais écrit, « Je garde toute ma confiance, pleine et absolue en la Vie. Elle sait mieux que moi. Un jour les planètes s'aligneront et la joie régnera. Il ne peut en être autrement. ». Les planètes se sont alignées et la joie est là. L'amour aussi évidemment. Alors j'aborde gaiement le bon 500D+ à avaler avant de dévaler.

20180925_080021 (Copier).jpg


Seul au milieu de la forêt me vient cette phrase que j'aime tant, tellement elle sonne juste à mes oreilles. « Dans le silence et la solitude, on n'entend plus que l'essentiel ». J'ai besoin de ces respirations loin de l'agitation du monde. Ce tête à tête avec moi même me nourrit, m'apaise et me ramène à chaque fois un peu plus ouvert à l'autre. Mieux je me connais et plus mon désir d'aller vers l'autre grandit.

20180925_090829 (Copier).jpg

J'adore évoluer dans ces forêts de la Lozère. Le soleil cogne déjà fort et je suis content de passer là au petit matin dans ce tape cul qui pourrait laisser des traces en milieu d'après midi. Au sommet, le panorama sublime, somptueux, irréel de beauté amène une confirmation indéniable, irréfutable. Il va vraiment falloir que je passe chez l'ophtalmo en rentrant.

20180925_092628 (Copier).jpg

Mais la descente à peine amorcée, c'est l'ostéo qui va se rappeler à moi. Ça tombe bien un RDV est prévu au retour. Une gêne apparaît dans mon genou gauche et ça devient vite inconfortable. Je sais que c'est un point sensible chez moi. J'attends de voir comment ça évolue mais ça devient très vite problématique.
Quand mon intégrité physique est en jeu, je suis incapable de l'ignorer. Je ne prends plus de plaisir. Ça n'est plus juste d'être là. La décision s'impose donc d'elle même.

STOP.
La roue s'arrête.
Le mouvement se fige.

J'en suis à 12 km ce matin. Cassagnas mon arrêt du soir est à encore au moins 34 km. Mais comme Didier Deschamps, une chatte énorme m'accompagne en permanence. A chaque fois que se pose un problème, la solution apparaît prestement. Quand je crève, c'est en arrivant au garage pour une réparation. Cette fois ci, je me rappelle avoir vu un panneau «
Cassagnas - 12km » plus tôt dans la matinée. Le GR70 fait un long détour en « C » alors que le GR72 va droit au but. Voici donc la solution qui m'est apportée sur un plateau d'argent.

Je télécharge la trace GPS et rebrousse chemin sans un regard en arrière malgré cette envie folle d'aller découvrir ces paysages qui viennent juste de me vriller le cerveau. Il n'y a eu aucun signe avant coureur donc aucun regret sur ma gestion de l'effort. L'énergie est bonne, musculairement ça tient la route. J'étais venu pour tester ma limite du moment. Je l'ai trouvée et je suis complètement en accord avec ça. Je dirais même mieux, je suis heureux que ça se soit produit. Je constate avec bonheur que tout le travail fait sur moi permet à la joie de rester là malgré ma déception qui pourrait être fort légitime.

20180925_093516 (Copier).jpg


Une fois le demi tour effectué, je sens que la justesse est revenue. Preuve si il en fallait de la pertinence de cette décision de couper court, la gêne s'intensifie et passe au statut de la douleur bien que je sois à la marche maintenant. Le genou est pris dans un étau. Je ne crois pas être douillet mais en descente je morfle grave. Le petit chamois a bien vieilli. Il est au bout de sa vie. J'improvise une technique de descente à cloche pied. Il y a un brevet à déposer là. Pas de faute de quart mais pas de bonus pour le style aujourd'hui. Malus énorme cette fois-ci.

20180925_094555 (Copier).jpg


Je recroise avec joie mes camarades du gîte communal qui ne comprennent pas bien ce que je fais dans ce sens. Un randonneur dont la tête ne me dit rien mais qui me reconnaît m'interpelle.

« Hé je t'ai vu hier toi !».

Je lui explique que je reviens en arrière à cause de mon genou. Les bras s'écartent, le ton se fait professoral,

« Bah voilà tu vas trop vite. Faut se préserver ! ».

Et moi comme un con, j'ai l'élan de me justifier comme si j'avais besoin de son approbation. Dieu me préserve d'être un donneur de leçon.

20180925_122105 (Copier).jpg


Le chemin inattendu me plaît énormément. De la forêt, des bruyères, c'est charmant. Plus que jamais « le bonheur n'est pas au bout du chemin. Le bonheur c'est le chemin ». Donc peu m'importe finalement de ne pas aller au bout. J'ai aimé, goûté, savouré chaque instant vécu durant ces quatre jours sur les traces de Stevenson. Je pourrais dire que je suis fier de la vitesse à laquelle je me suis relevé mais je ne suis même pas tombé. Accueil total de ce que la vie a à offrir. OUI à ce qui est.

A 1 kilomètre de l'arrivée, la douleur au genou disparaît miraculeusement et à 13h au bout de 27 km, je me pose à l'Espace Stevenson où je souris en voyant la bière espagnole Estrella à la pression. Le chemin n'est décidément jamais bien loin. Je m’attelle consciencieusement au buffet le midi, je fais la sieste, je m'attelle consciencieusement au buffet le soir et le lendemain je prends un bus pour retrouver Marco mon van qui m'attend sagement à Alès.


Ces moments d'itinérance sont vraiment quelque chose de précieux pour moi. Cela m'a permis de goûter de nouveau à ce qui m'avait animé sur le chemin de Compostelle. Légèreté, simplicité et humilité. Et comme la France regorge de sentiers à explorer, ce ne sont pas les terrains de jeu à découvrir qui vont venir freiner mon élan. Quand ça sera le moment, quelque chose montera en moi, viendra me gratter, la bulle exploser et je laisserai libre cours à ce désir pour repartir à l'aventure.

Cette histoire prend fin mais je sais avec certitude que le plus beau est toujours à venir.
You need to be logged in to comment