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Tour de la Chaine des Puys 2016

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 881

TALC : Truc A La Con.

Deux potes. L'un lance une idée. L'autre : "C'est un peu con ton truc !". Et c'est parti.

A toute seigneur, tout honneur, je laisse la parole à Seb S., initiateur de l'UTTCP (Ultra Trail de la Chaine des Puys).


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Seb S.

Samedi 25 juin 2016, il est 16 heures quand nous nous élançons sur le GR 441, autrement dit le Tour de la Chaîne des Puys et ses 110 kilomètres à travers les volcans d’Auvergne.

Mais avant de démarrer ce récit, il est nécessaire d’expliquer la genèse du projet.
Juillet 2015, je randonne avec Théo sur ce fameux GR. Nous effectuons 70km en 2 jours et mon fiston me pose une question : «papa, ce serait possible de faire le tour complet en moins de 24h ?»
Je réponds de manière évasive… «Oui en marchant vite et sans s’arrêter, c’est sans doute faisable».

Sans le savoir encore, il vient de semer une jolie graine dans mon cerveau. Graine qui va très vite germer ! Je vais lui répondre en réalisant cette boucle.

Quelques semaines plus tard, je mets Seb S. dans la confidence. Une dizaine de secondes de réflexion plus tard et le voilà engagé dans la galère.
Un 3ème larron va rapidement nous rejoindre, un autre disciple du RMT, l’inoxydable Damien C.
Avec ces deux gaillards, ma côte chez les bookmakers passe de 20/1 à 5/1 ! Je ne suis plus un tocard, juste un outsider.

Nous vous proposons non pas un mais deux récits dans le même compte-rendu (le point de vue de Damien arrivera bientôt !). Des regards croisés sur des thématiques qui pourront peut-être intéresser les adeptes des efforts au long cours.

Bienvenue dans ce «Truc A La Con» où trois amis vont user leurs godasses sur les monts auvergnats.

L’idée est simplissime : tu pars de Volvic en courant et tu reviens à Volvic. Entre les deux : 110 bornes, 3000 mètres de dénivelée, le sommet du Puy-de-Dôme, une nuit… Bref, une belle aventure humaine.

Seb S.

En effet la décision de participer à cette belle aventure m’apparut très rapidement comme une évidence. Tous les ingrédients qui font que j’aime autant ce sport étaient réunis. Il m’aura juste fallu évaluer si l'enchaînement avec mes autres projets était jouable afin de ne pas en demander trop à mon corps. En dehors de ça, ce projet m’a immédiatement filé des frissons et tout s’est déroulé comme dans un rêve.

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LE PHYSIQUE

Seb B.

C’est l’une des inconnues de mon équation. Vous allez d’ailleurs constater que mon équation ne comporte que des inconnues !
Ma plus longue distance ? 60km, et encore c’était en 2014 car 2015 fut une saison quasi blanche pour cause de blessures.
Je m’attaque presque au double avec l’insouciance d’un enfant mais avec un solide entraînement croisé depuis plusieurs mois.

Nous sommes en rando-course : toutes les montées en marchant, tout le reste en courant ! Je m’économise au maximum, notamment dans les descentes où mes deux compères prennent de l’avance. Sur le plat, la devise est claire «une allure de course que je pourrais tenir des heures et des heures» (Stéphane Brogniart).

Agréable surprise, ça tient. 50 – 60 – 70 kilomètres qui passent (presque) comme une lettre à la poste.

La suite est plus délicate. Alors que Seb et Damien impriment un rythme régulier, je me place en retrait, bercé par leur allure. Mes cuisses réclament du répit mais les mecs ne ralentissent pas. Avec nos histoires de loup et d’ours qui attaquent le moins rapide d’entre nous, j’ai les pétoches et suis bien obligé de suivre !

Les derniers kilomètres - en descente pour finir les quadriceps - tiennent plus du chemin de croix que de la balade entre copains. Malgré des pointes de vitesse à 13 8 km/h, j’ai l’impression que ce fichu sentier n’en finit pas. Les gars font preuve de patience, m’attendent avec ici un clin d’œil, là un sourire et nous franchissons finalement la ligne d’arrivée virtuelle main dans la main 17 heures après notre départ.

Seb S.

Là évidemment, je partais avec une longueur d’avance même si une telle distance m’était inconnue. J’avais approché la barre des 100 km mais sans la certitude de l’avoir franchie. Et la durée allait aussi constituer mon Personal Best. Ceci dit mon corps a déjà goûté aux longues distances et début juin 210 km en 5 jours m’avait rassuré sur ma capacité à enquiller les kilomètres comme des perles. Étonnamment les sensations ne furent pas géniales au départ, conséquence d’un mois de juin bien chargé, mais beauté de l’ultra, ça s’est stabilité avant de s’améliorer. Seuls des échauffements sous les pieds et des champs d’orties sont venus m’apporter de l’inconfort. Pour le reste, j’ai savouré ces heures rythmées par les foulées de mes camarades, isolés que nous étions dans des forêts magnifiques.

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Sommet du Puy de Dôme

LE MENTAL

Seb S.

Étonnant comment le mental fonctionne. Durant ces quelques 17 heures, ma tête aura été légère comme jamais. Je n’avais pas à penser à un éventuel classement ou à une allure à tenir. J’avais juste à être là, présent et à savourer le moment. Maintes fois j’ai été surpris par la vitesse à laquelle défilaient les heures. J’aurais juste connu un moment de lassitude en abandonnant ma présence dans le moment avant le dernier ravitaillement (donc entre le 70ème et le 90ème kilomètre). J’ai fait l’erreur de me projeter en me disant qu’une fois à ce ravitaillement, la dernière ligne serait en vue. J’ai donc créé de l’impatience à y arriver et ça m’a paru long. Je m’en suis ouvert à Damien qui m’a dit ne pas partager ce sentiment et qu’il était content d’être là. Ça m’a recentré donc c’est à travers ces petits moments qu’on ressent la force d’être à 3.

Je savais que Damien avait la caisse pour encaisser le choc. Je savais que Seb avait le mental pour aller au bout mais l’inconnu résidait, pour moi, dans sa capacité physique à tenir la distance. Il m’a bluffé en courant dès que c’était possible et ce jusqu’à la fin. Ce ne fût pas un TALC de randonneurs mais un vrai TALC de coureur !

Seb B.

Incapable d’imaginer ce que représente cette distance, j’ai fractionné le parcours en 5 étapes de 22 km environ. Cela nous permettra également un court arrêt pour recharger les bidons dans les villages traversés.

Étrangement, aucune inquiétude ne vient troubler les jours précédant le départ. Là encore, je compte sur mes deux RMTistes préférés pour me soutenir si besoin (et besoin il y aura !).

Les premières heures – entre discussions et contemplation des volcans – passent très vite. Aucune lassitude, pas l’ombre d’un «que fous-je là ?» à l’horizon.
Bien ancré dans le moment présent, de nombreux passages me rappellent cependant les heures passées avec Théo l’année précédente sur ce même chemin. Ce sont des petits détails émouvants qui pimentent le parcours.

Je subis un vrai coup de mou après le 80ème km. Une erreur de parcours couplée à une absence de point d’eau dans le village où nous passons : il paraît que je fais peur à ce moment-là… Heureusement le jour apparaît mais mon champ de vision se réduit à «2 mètres devant moi, 1 mètre de chaque côté» (encore S. Brogniart, désolé pour le plagiat). Dans le cerveau, c’est coquille vide. Pas vraiment de pensée négative mais incapable d’activer des images positives. J’avance, point barre.

Avec le recul, c’est une belle expérience. J’ai levé des barrières mentales et sais à présent que je peux tenir plus de 10 heures sans chialer, pester ou m’appesantir sur mon sort !

LA BOUFFE

Seb S.

On parle tellement de bouffe entre nous que ce fût un régal de préparer le menu de cette journée. Et un plaisir de savourer chacun des mets qui nous auront permis, avec leur énergie, d’aller au bout. J’ai d’ailleurs un peu trop savouré les 6-7 premières heures où j’ai mangé goulûment. S’en est suivi 2-3 heures de digestion où seule l’eau passa. Et l’appétit est revenu par la suite avec notamment un passage dans une boulangerie où l’odeur des croissants failli me faire craquer ! Le boulanger risque de se souvenir longtemps de la tête d’un fantôme blond d’1m90 le suppliant de lui donner de l’eau à 5h30 parce que bon, vous comprenez, après 87km, il avait un peu soif le garçon !

Seb B.

En totale autonomie, il s’agissait d’un point clé pour la réussite de cette grande balade. Nous avons essentiellement opté pour du «fait maison» avec les recettes d’Alain Roche (barres énergétiques et crème sport déjeuner) et celles de Scott Jurek (Eat and run pour les incultes !!!).

Vous ajoutez quelques barres et pains germés, l’affaire est dans le sac (un peu lourd d’ailleurs le sac pour des adeptes du minimalisme…)

Une bonne portion de «crème déj» avant le départ puis une alternance sucré / salé qui est plutôt bien passée pour ma part. Pas de coup de barre monstrueux, pas de dégoût même si le salé ne passait plus après 12h de course.

Ici encore, de l’expérience accumulée pour l’avenir.

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LA NUIT

Seb B.

Mon «record» en virée nocturne ne dépassant pas deux petites heures, autant vous dire que je me posais quelques questions sur ma capacité à vadrouiller une nuit complète.

Je m’aperçois bien vite que mes compagnons allument de véritables phares de bagnoles (Petzl Nao pour l’un et Ferei H40 pour l’autre) alors que moi, c’est plutôt la loupiotte d’un pousse-pousse vietnamien.

Je suis donc hyper vigilant sur les trous, racines, cailloux, hiboux, genoux et toute cette énergie attentionnelle va me coûter relativement cher sur la fin de parcours, un vrai lapin souffrant de myxomatose selon Seb et Damien (mais peut-être exagèrent-ils un peu… Heureusement, pas de photo !!!).

Néanmoins, c’est quand même un sacré kiff d’évoluer sans bruit alors que la nuit tombe, d’apercevoir au loin la chaîne du Sancy qui se découpe dans la pénombre, de traverser les villages endormis en mode furtif.

Mais c’est surtout sympa d’être accompagné, nul doute que seul, je me serais fait dessus !

Seb S.

Je confirme que c’est un vrai plus d’avoir un phare comme compagnon dans la nuit. J’ai pu évoluer comme en plein jour sans me poser de questions. Cela m’a aussi permis de me mettre dans un état méditatif où seul le pas en cours était important. Les heures n’ont pas semblé avoir de prise même si le lever du jour fût le bienvenu.

CE QUI M’A MARQUE

Seb B.

Même si je connaissais une bonne partie du parcours, c’est un émerveillement sans cesse renouvelé que de parcourir les volcans d’Auvergne et notamment gravir le Puy de Dôme.

Même si je connaissais la solidité des gaillards, je reste impressionné par la constance physique et émotionnelle de Seb et Damien. Les types gambadent encore au bout de 100 bornes, la foulée à peine dégradée. Sans eux, rien de tout cela n’était possible. Respect.

Même si je connaissais l’amour que me portent mes proches, les messages d’encouragement lus lors des «arrêts ravito» ont sacrément allégé mes guiboles et décuplé ma motivation.

Et que dire de cette fresque dessinée devant la maison lors de notre retour…

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Seb S.

Incontestablement en termes de parcours, la montée vers le Puy de Dôme fût le point d’orgue de cette balade.

Mais je n’oublie pas tous ces petits moments échangés entre nous. Petits moments, banals le plus souvent, mais tellement marquants. Nous étions 3 à déambuler à notre rythme, libres comme l’air, à regarder le soleil se coucher, puis se lever. Rien ne pouvait nous atteindre en ces instants magiques.

Notre gimmick fût « ça monte là ? ». En effet à chaque faux plat montant, le contrat était de marcher. Donc qu’elle ne fût pas ma surprise quand à 20-25 kilomètres de l’arrivée, dans un faux plat montant prononcé, un Seb ragaillardi déclare « bon on trottine là non ? ». Ok mon grand allons y. Et puis au bout de quelques centaines de mètres, un peu inquiet, craignant une enflammade, je ne pus m’empêcher de dire : « bon je ne veux pas casser l’ambiance mais là ça monte quand même et il reste des bornes ». Et mon Cheb de répondre « hein ça monte ??? ». Bon ok on va arrêter le massacre !!

La ligne d’arrivée fût bien évidemment une belle satisfaction et un soulagement mais c’est avec un peu de mélancolie que le mouvement s’arrêta. Tout ça est passé tellement vite !

Je ne vois qu’un seul remède … repartir !

LE MOT DE LA FIN

Quand on aborde quelque chose de nouveau, on a toujours tendance à se projeter et à imaginer comment cela va se passer. N’étant pas différent des autres, je ne fais pas fait exception à la règle. Rarement pourtant, cela se déroule comme prévu. Une fois n’est pas coutume, le plan se déroula sans accroc. J’avais imaginé une belle balade avec deux amis dans un cadre magnifique et c’est l’offrande que je reçu de la vie. La fatigue fût peu pesante, la lassitude peu présente et la gestion de l’alimentation détonante.

Dans ces conditions, je vois mal comment il n’y aura pas une saison 2 de « Rendez vous en trail inconnu ».

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La tête des garçons après 17h de balade !
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