1. Ce site utilise des "témoins de connexion" (cookies) conformes aux textes de l'Union Européenne. Continuer à naviguer sur nos pages vaut acceptation de notre règlement en la matière. En savoir plus.

Ultra Trail du Haut Koenigsbourg 2015

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 2075



Fini les blablas, les billets d’humeurs et autres pensées supposées profondes. Place à du classique, du lourd, du compte rendu en béton armé, avec bande son intégrée, pour faire honneur à la plus longue balade de l’année et certainement pas la moins excitante. Direction l’Est de la France pour découvrir un nouvel horizon. Cela fait un an, depuis Belle Ile, que j’attends le moment de repartir vers l’aventure au long cours. Ce n’est pas encore de l’ultra, mais 9-10h à déambuler dans les forêts vosgiennes devrait me permettre de vivre de beaux moments. J’ai hâte de voir si je suis vraiment réceptif à ce type d’effort, Belle Ile ayant mis en évidence des périodes de lassitude mentale au cœur de la course.

Abreuvé de vidéos d’ultras depuis la mi-août, j’ai soif à mon tour de me lancer sur les sentiers et de laisser mon corps s’exprimer dans cette région qui m’intrigue et m’attire. La vie étant faite de connexion, c’est par l’intermédiaire de Jérôme, rencontré sur le chemin de Compostelle, l’année précédente, que j’ai choisi de m’aligner au départ de cette course. Je le retrouve donc à Strasbourg pour une première soirée déjà fort sympathique.

La journée du lendemain, veille de bataille, est plus tristounette. La course sera lancée à 2h, ce qui implique un départ de notre part à 23h30 de la maison. Impossible donc de faire un semblant de nuit. L’option sieste est retenue mais n’est pas très satisfaisante. Après 1h30 dans le lit à somnoler, je pars pour un footing de 30 minutes, histoire de mettre le corps en tension. Les sensations de cette sortie sont catastrophiques. Les jambes sont lourdes, je n’avance pas. A moins de 12km/h, c’est la mort qui t’attend Cheb. J’abrège donc le calvaire au bout de 20 minutes. La fin de ma préparation m’ayant vu terminer fatigué, je crains que la période d’affutage ne fût pas assez importante. Du coup je retourne sous la couette jusqu’à 17h30. Le temps d’avaler le repas du soir et me voilà de retour sous les draps. Qu’on est bien au chaud, pas forcément très enclin à sortir dans la nuit noire pour se lancer dans un effort somme toute assez exigeant.

Profil UTHK 2015.jpg

Une fois la douche prise et la tenue enfilée, l’humeur s’améliore un peu et ne va faire que s’alléger au fur et à mesure du déroulement de la soirée. Pour commencer, nous arrivons à nous garer juste à côté de la salle des fêtes, ce qui sera un avantage non négligeable une fois la ligne d’arrivée franchie. Lors du contrôle des sacs, nous sommes autorisés à ne plus prendre le pantalon et la veste de pluie goretex, la température flirtant déjà avec les 15°C. L’allègement du sac est toujours une petite victoire. La remise du dossard et son numéro 77 m’arrache un sourire. Mon année de naissance est un chiffre qui me parle et j’avais toujours désiré avoir ce dossard. Je le prends donc comme un signe d’encouragement. Pour finir de me mettre de bonne humeur, les bénévoles nous offrent du café et du pain d’épice alsacien. C’est donc ragaillardis que nous nous rendons sur la ligne de départ retrouver nos quelques 150 camarades d’escapade nocturne. Mon mantra pour cette course, je le dois à Erik Clavery suite à une interview post UTMB. La phrase qui m’a marqué, c’est qu’il faut « rester en prise ». Ce mantra, ainsi que ceux répétés les épreuves précédentes, vont m’accompagner tout du long.

Dès les premières foulées, toutes les appréhensions s’évaporent. Je suis dans mon élément, je suis bien. Ce n’est pas le faux plat montant d’entrée de jeu qui va assombrir cette humeur. Rapidement un petit groupe de cinq se forme. Nous attaquons la première montée les uns à la suite des autres. Pas un mot n’est échangé. Seules les respirations rythment nos pas. L’ambiance est hypnotisante, quasi religieuse, nous progressons tels des moines avec leur bure sur la tête. L’éclat des frontales m’empêchant de distinguer les traits de visage de mes camarades du Club des Cinq. Je suis concentré sur chacune de mes foulées, le cœur ne s’emballe pas, je suis à l’aise et me paye même le luxe de mener la course par instant. Tout se passe comme dans un songe, je ne vois pas les kilomètres défiler.


11225433_1207353052624026_3084548521666941761_n.jpg

Un coureur, habillé de pied en cap en Hoka, finit par s’échapper à la faveur d’une belle montée. Je ne cherche pas à l’accrocher et respecte ma tactique initiale, à savoir tracer sa propre route et ne pas s’occuper des autres avant le 60ème kilomètres. Le groupe explose et peu avant le ravitaillement du 21ème km, nous nous retrouvons à deux, côte à côte. Le garçon finit par me demander d’où je viens. Ma réponse « Nantes », le fait s’esclaffer. Il me montre l’écusson sur son maillot, « FCNA ». C’est un nantais exilé à Paris. Les échanges se multiplient, d’autant plus qu’il est ami avec Joe Grant, coureur de renommée international. Nous arrivons au ravitaillement ensemble. Je fais un rechargement express de mes deux flasks 600ml et repart avant lui. Je ne le reverrai plus.

J’en profite pour faire une parenthèse popote, pour ceux que ça intéresse. Je suis parti avec de la boisson maison dans les flasks (sirop d’agave, jus de citron, vitamine C et pincée de sel) et deux petites fioles de cette boisson pour effectuer deux recharges. Par la suite, j’alternais avec de l’eau. Des gels Meltonic, à base essentiellement de miel, toutes les 45 minutes-1h et à chaque ravitaillement, j’attrapais de la banane et du chocolat. Je crois avoir trouvé ma formule magique car tout s’est déroulé idéalement de ce côté-là.

Parenthèse refermée. C’est reparti dans la nuit noire où le brouillard va s’inviter à la fête. Visibilité réduite à un mètre. Petit moment de solitude dans un secteur particulièrement accidenté. Pas trop envie de s’égarer. Heureusement le merdier ne dure pas trop longtemps. Ma frontale étant joueuse, elle décide que la plaisanterie a un peu trop duré et m’indique par des flashs rapides qu’elle va bientôt se mettre au repos, au bout seulement de 2h45 de balade. Et au cas où je n’aurais pas bien compris, elle ne daigne plus lâcher qu’un maigre filet de lumière, ce qui rend les descentes un peu hasardeuses. Les montées ne sont pas plus réjouissantes puisqu’un caillou non annoncé me met par terre (ah enfin diront certains !!). Heureusement avec mes mitaines de protection, j’absorbe l’impact avec élégance et une dignité toute relative.

Le ravitaillement du 34ème kilomètre approchant à grand pas, je décide d’attendre ce moment pour changer de batterie. En arrivant à cet oasis dans la nuit pluvieuse désormais, j’aperçois Jonathan, le coureur Hoka, qui repart. Je ne me presse pas et me concentre sur ma routine. Changer la batterie, remplir les flasks, manger des bananes et emmener du chocolat pour la route. Je sors du ravitaillement et vois un panneau « 84km » à gauche que je suis sans me poser plus de questions que ça. C’est une belle côte à attaquer que Jonathan a déjà gravie à moitié. A peine entamé, j’entends un bénévole crier « non à droite ». En fait à la sortie du ravitaillement il y avait aussi un panneau « 84km » à droite. C’est une boucle qui nous verra repasser par ce ravitaillement plus tard. Je fais donc demi-tour en marchant pour attendre que Jonathan redescende. Une fois la jonction effectuée, nous décidons de faire un bout de chemin ensemble. Il fait les montées et moi les descentes. La discussion est agréable et nous apprécions tous les deux cette parenthèse d’humanité.

Dans la dernière montée avant le retour au ravitaillement du 51ème km, Jonathan s’échappe, je coince un peu et ne peux désormais plus courir en montée alors que pourtant le cardio est au plus bas. Saturation mentale ou vraie baisse physique, il faudra que je creuse le sujet si je veux progresser. En attendant, je laisse passer l’orage qui s’abat sur moi et me ravitaille convenablement. En haut de la côte suivant le ravitaillement, j’aperçois un coureur en contrebas, ça va me chauffer les fesses. S’en suit une montée sévère. A mi pente, je sens une présence, me retourne et il est déjà là !! Il vole ou bien ? Après 2-3 mots échangés, il repart de plus belle en courant et me dépose littéralement. Prends ça dans ta tête Seb. Sur le plat, j’arrive à le garder en visu mais d’assez loin toutefois. Arrive un long faux plat descendant où je n’ai pas l’impression d’exceller et pourtant à la faveur de celui-ci, je recolle sur Thibaut. Jonction de courte durée puisque dès la pente suivante, il reprend ses aises et s’envolera vers une large victoire.


DSC06796.JPG
Me voilà donc de nouveau livré à moi-même en tâchant toujours de « rester en prise ». Je pense à bien m’hydrater et m’alimenter. Je profite du paysage puisque le jour est maintenant bien installé. La pluie a laissé place au soleil et la lumière dans les forêts vosgiennes est fascinante. Je jette de temps en temps un coup d’œil au profil pour anticiper d’éventuelles difficultés. Après le ravitaillement du 64ème km je remarque deux petites patates avant la grosse patate finale pour monter au château du Haut Koenigsbourg.

DSC_1398.JPG

Une fois là-haut il restera 7km de descente. Je prends donc les patates les unes après les autres sans penser à rien d’autre. Je jette de temps en temps un coup d’œil en arrière mais je suis bel et bien seul dans la forêt. Sur ce type de course où les coureurs sont peu nombreux, le public quasiment absent en dehors des ravitaillements, il faut vraiment aimer être avec soi-même au risque de passer des moments délicats.


Bon an mal an, je finis par approcher du château et le ravitaillement du 74ème km me voit me joindre à la masse des coureurs du 25km. Petit manque de lucidité, je m’arrête à ce ravitaillement alors que je n’en avais pas forcément la nécessité. Je marche beaucoup désormais dès que la pente s’incline un tant soit peu. Je n’ai pas l’impression de pouvoir faire autrement. Je me suis enfermé dans un faux rythme bien confortable. Les coureurs du 25km me dépassent pour la plupart.

CHAKOE.jpg
Je finis par entrer dans le château quand un coureur de plus me double. Celui-ci pourtant déclenche une alarme dans ma tête. Il a une frontale sur la tête et sa veste sur le dos, il ne cadre pas avec les autres coureurs. Je regarde ses chaussures et reconnais finalement un du Club des Cinq du départ. J’ai les nerfs. J’ai fait toute la course sur le podium et je me fais taper à 7km de l’arrivée. Si il est revenu du diable vauvert c’est qu’il doit être costaud mais je décide de lui coller aux basques tant que mes jambes le permettront.

Nous entamons la descente sur un single gavé de coureurs du 25km. Ça n’avance pas et ça m’énerve. D’une manœuvre habile, je double mon camarade, le coureur qui le précède et me lance dans la pente comme un damné. Désormais, à coup de « pardon je passe à gauche », je redouble tous les mécréants m’ayant fait l’affront de me laisser sur place. Le GPS s’affole à plus de 16km/h. Je ne me retourne pas pour savoir si ça suit derrière, c’est devant que ça se passe désormais. Je mobilise ce qu’il me reste de concentration et de motivation pour envoyer du pâté. Étonnamment d’ailleurs, les jambes répondent avec plaisir et envie, frustrées qu’elles ont été de ces montées à n’en plus finir, à l’allure d’un randonneur en fin de vie.

A 4km de l’arrivée, je coince quand même un peu mais la pensée d’un pote privé de dessert et mis sur le banc de touche pour une raison encore inconnue me donne la force de ne pas faiblir. A 2km de l’arrivée, je m’autorise un petit coup d’œil dans le rétroviseur pour constater que la 3ème place est de nouveau mienne. Mon arrivée, au milieu des coureurs du 25km, passe totalement inaperçue, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai les larmes aux yeux et je savoure ça comme si j’avais gagné l’UTMB. J’ai les mollets explosés par la descente à tombeaux ouverts, je suis mort, dépouillé mais quelle sensation de plénitude. J’ai mené la course que je voulais. Une course propre, maitrisée sans jamais m’affoler, sans jamais laisser les pensées négatives m’atteindre. J’ai juste fait les choses en restant en prise. Une fois de plus, dans le combat plaisir versus souffrance, la souffrance a pris une dérouillée. La pauvre, avec moi, elle prend chère à chaque fois !

Mon camarade qui m’a fait souffrir sur cette fin de course, Thibaud Clipet, Team Salomon en 2014 et 2ème de l’Infernal 160 la même année, arrive 1’45’’ derrière moi et de mon côté je termine à 1’40’’ de Jonathan Dubroca, le coureur Hoka. Ces 2 coureurs sont en préparation pour la Diagonale des Fous à la Réunion et avaient déjà 100km dans les pattes avant la course, preuve que je ne joue pas dans la même catégorie que ces grands garçons.

En 8h38, pour 84km et 3470D+, à 10km/h de moyenne, je m’estime toutefois très satisfait même si le parcours était taillé pour moi. Ici ils appellent ça une course nature. C’est vrai que les montées et les descentes en faux plat m’avantageaient fortement. Très peu de secteurs très techniques et peu de tout droit dans la pente. J’ai donc pu exprimer au mieux mes qualités. Me voilà pleinement rassuré quant à ma capacité à bien vivre ce type d’effort. Je pense maitriser mon sujet maintenant sur les formats de 80-100km. Je peux donc sereinement aller prendre de nouvelles leçons au-delà. Un an me sépare de cette échéance, je vais donc pouvoir déguster avec gourmandise les épreuves qui mèneront à ce nouvel Everest personnel.
  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Bertrand B. (FRA 010)
  • Sébastien B. (FRA 065)
  • Vincent B. (FRA 044)
  • Yann L. (FRA 064)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Jerome S. (FRA 067) #2
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Stéphanie R. (FRA 068)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Sébastien B. (FRA 065)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Yann L. (FRA 064)
  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Yann L. (FRA 064)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Sébastien B. (FRA 065)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Maxime S. (FRA 085)
  • Sébastien S. (FRA 049)
You need to be logged in to comment