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Ultra Trail du Périgord

Publié par Sébastien S. (FRA 049) dans le blog Sébastien S. (FRA 049). Nombre de vue: 1003



Étant un peu en panne d’inspiration ces derniers temps, vous m’excuserez mais ce qui suit est d’un classicisme désolant. Preuve si il en fallait qu’il est temps que je change d’approche dans ma pratique. J’aurais pu faire l’impasse mais il m’est paru utile pour ceux qui veulent se lancer dans l’ultra d’avoir un ressenti un peu différent de ceux qu’on lit habituellement.

Moi qui aime tant courir, il me paraissait évident que l’ultra était fait pour moi. J’avais donc prévu pour cette année l’Ultra du Périgord (107km et 3000D+) et le Grand Raid des Cathares (174km et 7400D+) avant de tenter la Diagonale des Fous en 2017. Mais comme nous allons le voir par la suite, j’ai oublié une composante essentielle dont peut nous priver l’ultra, le plaisir !


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Le WE fût lancé sur des bases idylliques. De la famille, des amis très proches, un camping charmant dans un cadre verdoyant et une météo au diapason. L’approche de la course fût donc idéale. Deux jours pour se détendre et créer l’envie de partir à l’abordage. Je ne suis jamais stressé ou tendu avant une échéance mais rarement je fus autant serein avant une course.

Le départ à 5h sous les flambeaux est magique. Je reste collé au groupe de tête de 5-6 coureurs car j’ai pris la frontale pour aller faire pipi la nuit. Seul je ne verrais pas à 2 mètres. D’ailleurs isolé dans une descente, je vais avoir les plus grandes peines à descendre sans me ramasser lamentablement. Au 1er ravitaillement du 16ème kilomètre, je ne m’arrête pas et prends 200-300 mètres sur mes compagnons d’échappée. Après quelques kilomètres isolé, je m’arrête pour en attendre deux. L’être humain est mieux parmi les siens. C’est finalement en binôme que nous allons faire un bout de chemin ensemble et discuter gentiment pour laisser passer les premiers kilomètres qui sont toujours un peu longuets même si quelques passages dans des villages viennent égayer le parcours essentiellement localisé dans la forêt.


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Le jour est bien levé maintenant, je sens que je suis dans le rythme et que tout les signaux sont au vert. Nous sommes dans une petite montée au 34ème kilomètre quand je me fais cette réflexion, sans savoir que ma course est sur le point de basculer.

Dans la descente qui suit, après une longue ligne droite, je sens l’inquiétude poindre, plus de rubalise. Mon camarade me dit qu’il n’a pas vu d’endroit où on aurait pu se tromper. Il y avait bien une route à gauche mais sans indication particulière. On continue pendant un bon moment avant d’arriver à un croisement. Moment de vérité, je serre les fesses. Je ne vois rien jusqu’au moment où j’aperçois une rubalise sur la droite. Oh la vache elle fait plaisir celle-là !

Nous reprenons donc notre route et notre conversation. Au bout d’un moment, mon collègue me dit « Euh je crois qu’on est déjà passé par là ». Je ne reconnais pas mais l’inquiétude enfouit profondément remonte précipitamment à la surface. Après de longues minutes, nous voilà revenu dans la montée où je me disais que tout allait bien. Et merde, on vient de se taper une énorme boucle ! Je ne comprends plus rien.

Retour au croisement à gauche, j’avance de 100 mètres et ne vois toujours rien. On reprend donc la ligne droite en se disant qu’on a raté un autre embranchement. Et là on aperçoit des coureurs dans l’autre sens. Plus d'autres options, je retourne une nouvelle fois au croisement, seule route possible et après quelques centaines de mètres enfin une rubalise. C’est un débalisage sauvage qui fait mal à la tête. Je le signale au 1er bénévole que je croise et qui nous annonce 4 gars devant à plus de 10 minutes.

J’abandonne mon compagnon pour essayer de recoller, erreur qui va m’être fatale. J’avais trouvé un petit rythme où j’étais bien, la tête au calme et là difficile de ne pas penser à ces 6-7km en plus et ces trente minutes de perdu. C’est la tempête dans mon cerveau. A chaque croisement on m’annonce toujours à 10 minutes. Je finis pour faire descendre l’écart jusqu’à 5 minutes 30 mais avec ces kilomètres en trop ma stratégie d’hydratation est partie à vaux l’eau. Et avec la chaleur qui s’installe, je sens que je commence à faiblir. Les cuisses se durcissent sévèrement et je peine à m’alimenter.


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C’est à ce moment-là que je prends conscience que l’ultra n’est pas pour moi. J’aime courir en me sentant bien et en profitant du paysage. Là ça commence à tirer de partout et pour avancer je dois faire appel à toute ma concentration. Je dois me mettre dans ma bulle en regardant le sol trois mètres devant moi. Je ne cours plus parce que j’en ai envie mais parce qu’il le faut. Au 64ème kilomètre du parcours officiel, je double 2 coureurs pour passer 2ème mais c’est le chant du cygne. Quelques centaines de mètres plus loin, j’explose complètement. Les cuisses tirent tellement qu’elles entrainent les 2 rotules qui deviennent à leur tour douloureuses. Plus envie de continuer dans ces conditions et de flinguer ma saison même si un podium voire la victoire reste accessible.

Je suis encore à 10,7 km/h de moyenne mais je ne cours plus qu’à 10-11 sur le plat, ce qui, pour moi, est une torture. J’ai l’impression d’être à l’arrêt. Que ceux qui court à cette allure me pardonne mais c’est mon ressenti personnel. A moins de 12 km/h je n’ai pas l’impression d’être à l’aise. J’arrive donc au ravitaillement officiel du km 69.8 avec 77km au compteur. Je rends mon dossard avec le sourire et d’autant plus facilement que ma Maman étant là, le retour est simplifié et le partage entamé. Cela me permettra de profiter de l'après midi avec les amis et d'arriver frais au buffet maison à la mode fin d'album d'Astérix avec cervoises à volonté mais sangliers épargnés.

J’apprendrais par la suite que le parcours est passé de 107km à 113km ce qui en aurait fait 120 pour moi. Aucun regret donc car je n’étais pas équipé pour une telle distance à ce moment de la saison. 100km ne m’est pas un territoire inconnu mais la préparation estivale a toujours servi de marche pied idéal pour les atteindre. Comme je l’ai dit maintes et maintes fois, je cours pour le plaisir et quand il n’est plus là ou que ma santé est en jeu, je n’hésite pas une seconde et j’arrête les frais. Et comme me l’a si bien fait remarquer mon ami Mevenig « sur un ultra il faut réussir à avancer malgré la fatigue, les douleurs mécaniques, musculaires et tendineuses, malgré les troubles digestifs, etc. L'ultra quand on veut "courir" (pas en mode rando) c'est une course très dure. ». Et j’ai trop le respect de mon corps pour lui infliger des traumatismes dont il mettra un temps fou à se remettre.

J’ai pris des résolutions pendant la course qui ne se démentent pas à tête reposée. Je n’irai pas aux Cathares en fin d’année ni à La Réunion l’année prochaine et ce pour une raison très simple. Sans compter ce que la préparation va exiger, j’imagine trop bien maintenant la masse de souffrances que ces courses vont générer surtout la Réunion. Les marches énormes que j’aurais du mal à monter et à descendre, le froid, la chaleur, la difficulté de s’alimenter, le sommeil. Tout ça mis bout à but m’empêchera de profiter des charmes de l’Ile, ce qui est bien la raison première pour laquelle je veux y aller. J’irai à la Réunion mais je le ferais en plusieurs jours avec des amis en prenant le temps d’admirer chacun des cirques et en faisant des pauses quand le corps le réclamera. Et peut être qu'un jour, mieux armé, je verrais les choses différemment.

En attendant, tout ceci ne va pas m’empêcher de me lancer dans des aventures au long cours mais en off ou par étape, accompagné ou pas selon l’envie. Et le choix des formats de course est tellement vaste que ça serait un comble si je ne trouve pas des évènements qui me font dresser les poils sur mes petits bras.
  • Mevenig R. (FRA 044)
  • Sébastien B. (FRA 065)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Mevenig R. (FRA 044)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Mevenig R. (FRA 044)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Samuel F. (FRA 044)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Cyrille L. (FRA 022)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Damien C. (FRA 044)
  • Sébastien S. (FRA 049)
  • Sébastien S. (FRA 049)
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